Archives de Tag: Neocolonialisme Madagascar France

Insurrection Malgache : 7 Points de Réflexion pour la Commémoration du 29 Mars 1947

© Photo: Pierrot Men - "Portraits d'insurgés, Madagascar 1947"

© Photo: Pierrot Men – « Portraits d’insurgés, Madagascar 1947 »         « Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens. »

« Souviens-toi des jours d’antan, repassez les années de génération en génération… », tel devrait être l’esprit de la commémoration du 29 Mars 1947. Après 50 ans de colonisation française à Madagascar, le 29 Mars 1947 débutait une révolte, une des plus sanglantes de l’Histoire coloniale car une répression meurtrière s’ensuivait durant 21 mois et faisait 89.000 victimes.

Exécutions sommaires, incendies de villages, viols, tortures, emprisonnements et d’autres brutalités ont été la réponse de l’autorité française face à cette volonté malgache de se libérer du joug colonial.

Au-delà de la commémoration officielle, la journée devrait nous engager à réfléchir sur notre Histoire, à établir la vérité et à nous poser les bonnes questions face à notre destin national.

1. Le sens de l’Histoire

Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens.

En tant que nation, il y a un temps où nous avons besoin de lever le nez du guidon et (re)donner du sens à ce que nous entreprenons. Facile à dire…

Le développement du pays est pris en otage par des intérêts égoïstes d’une minorité de nationaux et d’étrangers. Les Malgaches semblent être incapables de prendre le taureau par les cornes et s’engager une bonne fois pour toute vers un avenir meilleur. La frustration, la misère et le ras-le-bol semblent prendre le dessus au quotidien. Et pourtant, il est primordial de fixer un cap et retrouver une certaine énergie afin d’avancer.

La date du 29 Mars nous rappelle que des Malgaches se sont battus et ont décidé de prendre leur destin en main malgré toutes sortes d’injustices durant des années. Des sacrifices ont été faits par nos ainés afin que nous retrouvions la liberté et il est de notre devoir de prendre le relais afin qu’ils ne soient pas morts pour rien et que les générations futures puissent à leur tour profiter de nos actions présentes.

Quel est notre vision pour Madagascar ? Là où il n’y a pas de vision, les peuples périssent…

2. Tirer les leçons du passé

Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts

Selon Eugène Etienne (Président du groupe colonial à la chambre des députés en 1895), « La colonisation est nécessaire pour assurer l’avenir de notre pays dans les nouveaux continents, pour y réserver un débouché à nos marchandises et y trouver des matières premières pour nos industries. »

Il va sans dire que les intérêts que la France coloniale portait pour Madagascar a conduit à cette tragédie. On nous « aime » pour nos ressources naturelles. Et on continue à être un terrain de conflit entre les grandes puissances qui se livrent à une lutte d’influence.

La malédiction des ressources naturelles est à notre porte. Les luttes de pouvoir (à l’intérieur) et d’influence (de l’extérieur) risquent de déstabiliser Madagascar pour très longtemps. Les discours bien rodés par-ci et par-là camouflent des intérêts cachés qui risquent de diviser sévèrement la société malgache.

Serons-nous à nouveau des victimes collatérales des agissements de divers groupes d’intérêts ou bien saurons-nous tirer profit de ce monde multipolaire ?

3. Dénoncer le double langage politique et diplomatique

Il faut dire que suivant les intérêts en jeu et la propagande défendue, les politiciens et autres groupes d’intérêts sont devenus maîtres dans l’art des deux poids deux mesures. Et le traitement des informations concernant les événements de 1947 – 1948 n’échappe pas à la règle.

Les combattants de la liberté à Madagascar sont présentés comme de vulgaires rebelles, des ingrats, des fauteurs de troubles qui gâchent la « mission civilisatrice » instaurée 50 ans auparavant. Et durant la même période, en France – sous l’occupation de l’Allemagne nazie – la Résistance des citoyens français (des combattants de la liberté) est présentée comme « des combats menés au nom de la liberté de la patrie et de la dignité humaine ».

A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, 6.000 soldats malgaches sont revenus au pays après avoir combattu le nazisme et ses brutalités et libérer la France de l’occupation de l’Allemagne nazie mais ils devaient retrouver et accepter le colonialisme français et ses atrocités à Madagascar.

Le 6 Avril 1951, François Mitterrand (Président de la République Française, 1981-95) ancien résistant et alors Ministre de la France d’outre-mer déclarait: « Je me déclare solidaire de celui de mes prédécesseurs sous l’autorité duquel se trouvait Monsieur de Chevigné quand il était haut commissaire. Les statistiques manquent de précision mais il semble que le nombre de victimes n’ait pas dépassé 15.000. C’est beaucoup trop encore, mais à qui la faute si ce n’est aux instigateurs et aux chefs de la rébellion. »

Imaginons un instant qu’un ministre allemand d’après-guerre tienne ce genre de propos sur la Résistance française ? Cela n’aurait pas été toléré…

4. Revisiter l’esprit patriotique malgache

Si le patriotisme devait être le moteur qui nous pousse à défendre nos intérêts nationaux et à se soucier du bien être de nos compatriotes, le mot est galvaudé par les politiciens. Pour justifier leur mauvaise foi et gagner des gens à leurs causes, ils mettent en avant leur soi-disant « amour » pour la terre des ancêtres.

Le sentiment d’appartenance au pays et le courage de se lever pour défendre nos intérêts doivent toujours animer chaque Malgache. On a été trop longtemps divisé par les causes politiques politiciennes. Il est plus que temps que nous prenions des mesures sérieuses afin d’instaurer une vraie politique de développement, une vraie justice et combattre les inégalités qui sont en train de nous mettre à genoux.

Tout le monde est patriote dans les propos mais Madagascar a besoin de patriotes dans les faits.

5. Honorer la mémoire des victimes

De toutes les commémorations malgaches, celle du 29 Mars 1947 est la seule qui nous renvoie à toute la période sombre de l’époque coloniale. Et pourtant, dés les premiers jours de la conquête française, des Malgaches sont morts, torturés ou humiliés car ils voulaient défendre leur patrie. Cette date nous relie à tous ces gens qui ont perdu leur vie et ont souffert parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment.

En effet, on ne parle souvent que des 89.000 victimes des événements de 1947 – 1948 et pourtant dés les premières heures de sa tristement célèbre “pacification”, le Général Joseph Gallieni a fait des ravages : 700.000 Malgaches sont tués en 8 ans, sur une population de 3 Millions.

Lire la suite


Les îles Eparses: Les Malgaches ont-ils Peur de Revendiquer leurs Propres îles à la France?

Les Iles Eparses - Carte sea-seek.com

Les Iles Eparses – Carte © sea-seek.com

Les îles Eparses sont constituées des îles Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India, Europa et Tromelin. Elles sont placées sous l’autorité de l’administrateur supérieur des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) basé à Saint-Pierre de l’île de la Réunion.

Ces îles font l’objet de revendications territoriales de la part de Madagascar pour Bassas da India, Europa, les îles Glorieuses et l’île Juan de Nova. Les Comores revendiquent aussi les îles Glorieuses et l’île Maurice revendique Tromelin.

La France avait pris possession de ces îles après la colonisation de Madagascar en 1896 mais elles sont restées françaises après l’indépendance de la Grande Ile. Le statut de ces îles a évolué auprès des autorités françaises. En effet, selon l’article 14 de la loi n° 2007-224 du 21 Février 2007, elles constituent le cinquième district de la collectivité d’outre-mer de la France. Ces îles ne font pas partie de l’Union Européenne et le droit s’y appliquant est celui des TAAF.

Malgré l’évolution de leur statut au niveau des autorités françaises, la souveraineté française n’est pas universellement reconnue sinon cela se saurait et personne ne tenterait d’affirmer le contraire – encore moins les Malgaches.

En effet, qui oserait réclamer ces îles si cette revendication n’est pas fondée? On ne réclame ni la Corse ni l’île de la Réunion. On réclame des îles qui se trouvent à 150 Km à l’Ouest de la Grande Ile (même pas le trajet Antananarivo – Antsirabe) pour  ce qui est de l’île Juan de Nova.

Si cela ne tenait qu’au citoyen Malgache lambda, réclamer ces îles sur le champs serait dans l’ordre des choses. Il serait tout a fait naturel et légal donc normal de réclamer ce qui nous appartient. Malheureusement, les choses ne sont pas toujours “normales” dans cet environnement anarchique des relations internationales.

Si la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) semble être de notre côté. La “Grandeur” d’un pays et la puissance qui va avec ne sont pas dans notre camps.

Qui veut aller loin ménage…la France

Il va sans dire que ce sont les politiciens malgaches qui ne veulent pas trop aborder le fond du sujet. Chose tout a fait compréhensible même si c’est agaçant.

“Qui veut aller loin ménage sa monture” dit le proverbe. A Madagascar, dans le milieu politique, on dit “Qui veut aller loin ménage la communauté internationale mais surtout – et surtout la France.”

Lire la suite


%d blogueurs aiment cette page :