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Indépendance Madagascar: illusion et désenchantement (1ère partie)

© MorgueFile

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Le 1er Octobre 1895, Madagascar est placé sous protectorat français. Le 06 Août 1896, le pays ainsi que les îles qui y sont rattachées (les Iles Eparses) sont proclamés colonie française. Après des années d’oppressions et de révoltes, Madagascar est devenu “officiellement” indépendant le 26 Juin 1960 mais dépouillé au passage des îles malgaches reconnues par l’ONU. L’illusion est de croire qu’après cette date mémorable – jour de la proclamation du retour de l’indépendance – Madagascar serait totalement libre de toute influence et ingérence étrangère – et notamment de la France maîtresse des lieux durant 64 ans.

On peut imaginer l’effervescence, et la joie des simples citoyens malgaches – après des années d’asservissements et d’humiliations – libérés du joug de la colonisation. L’espoir et les rêves les plus fous semblaient à portée de mains. Les Malgaches se disaient qu’enfin ils allaient être les seuls maîtres de leur destin et croqués la vie à pleines dents. Echapper ainsi à l’influence et l’emprise de la France coloniale, voire se mettre au même niveau d’égalité en tant que pays souverain. Mais la réalité nous rappelle que ce n’est pas tout simplement le cas.

Souveraineté: mot “placebot” pour calmer les esprits?

« Donnez-moi le contrôle sur la monnaie d’une nation , et je n’aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois. » Amchel Mayer Rothschild

Ce n’est un secret pour personne que le budget de l’Etat malgache est sous perfusion des aides – multilatérales et bilatérales – étrangères pour pouvoir à peu près fonctionner. Ce qui explique l’influence de la “communauté internationale” sur la vie de la Grande Ile et explique la raison pour laquelle sans ses “consentement et bénédiction” à nos programmes de développement, le pays ne peut presque rien faire. Il ne faut pas s’étonner si les politiciens se sentent plus redevables aux “sponsors étrangers” qu’à la population qui s’est habituée à la déception. Ce qui fait de Madagascar un Etat fantoche par excellence.

A cet effet, il est inutile de rappeller le poids de la France au sein de cette communauté internationale en ce qui concerne les affaires touchant ses “anciennes” colonies. Malgré toutes les déclarations et annonces faites dans le cadre de l’indépendance de Madagascar vis-à-vis de la France. Il faut reconnaitre qu’elle a toujours su jouer un rôle de premier ordre dans le pays. Sa mainmise – tant politique qu’économique – pèse sur la vie des Malgaches. Et la France saura défendre sa chasse gardée dans les années à venir.

De toutes les façons, pourquoi la France changerait son ambition sur Madagascar vu que si elle “lâche” ses intérêts malgaches, d’autres prétendants sont déjà à nos portes avec les mêmes objectifs. Dans ce monde de la jungle, tout le monde rêve d’obtenir les morceaux de premier choix.

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Les Malgaches se laissent-ils impressionner par les Vazaha? (1ère partie)

© Dmitriy Melnikov  Dreamstime

© Dmitriy Melnikov Dreamstime

Nous allons aborder dans les prochains billets un thème récurrent qui affecte tous les domaines d’activités à Madagascar: le rapport des Malgaches avec les diverses communautés étrangères au pays. Ce thème pourrait se résumer par cette expression: « Dis-moi comment tu te comportes avec les étrangers et je te dirai à quelle société tu appartiens. » La légendaire hospitalité malgache ne cache-t-elle pas une soumission latente envers les étrangers?  Quelle emprise les Vazaha ont-ils sur les Malgaches? Serait-il exagéré d’affirmer que les Malgaches ont tendance à se dévaloriser devant les étrangers? Serait-il faux de proclamer que nous avons un sérieux problème d’estime de soi qui mérite d’être (re)travaillé?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de définir ce que l’on entend par « Vazaha », notamment pour les « non-initiés ».

Allô Vazaha, Salut Vazaha

Pour aller droit au but, Vazaha signifie étranger. C’est un terme du langage courant utilisé par les Malgaches pour désigner les non-Malgaches.

Cela peut paraitre “bizarre” voire choquant pour certains Vazaha de se faire interpeller: « Hey Vazaha! » dans la rue – par des enfants voire des adultes. Imaginez-vous vous faire crier par des inconnus: « Hey, l’étranger! » dans une ville quelconque dans le monde. Cela pourrait gêner plus d’un et cela pourrait être tout sauf rassurant.  Mais dans le contexte malgache, ce mot n’est ni péjoratif ni inamical. Ces “interpellations” sont – dans la majorité des cas – plus motivées par la curiosité assortie de taquinerie donc rien de bien méchant…normalement (à moins que vous vous trouviez au mauvais endroit au mauvais moment).

Il faut aussi préciser que dans l’usage, le mot Vazaha a évolué avec le temps. Si la définition de base est toujours d’actualité. Le mot s’est focalisé notamment sur les individus de type caucasien – en d’autres termes les « Blancs« . Il arrive d’ailleurs que des Malgaches au teint clair soient surnommés Vazaha par leur entourage.

Par ailleurs, dans la conscience collective malgache, le terme Vazaha constitue presque tout un “Concept” et est très souvent associé à tout ce qui est idéal, de qualité supérieure, de situation meilleure ou au progrès en général. On dirait que tout ce qui touche le Vazaha est mis sur un piédestal. Et a l’opposé, existe le concept “Vita Gasy” (fabrication malgache) qui est synonyme de médiocrité.

Cela va sans dire que cet “univers Vazaha” semble être inaccessible par la masse. D’autant plus que la TV et les autres médias influencent la majorité sur l’image idyllique qu’on a des Vazaha que tout le monde ne côtoie pas dans la vraie vie.

Tout cela pourrait expliquer en grande partie cette “fascination” des Malgaches envers les étrangers.

L’important, ce n’est pas ce que l’on était mais ce qu’on voulait être

En général, les Malgaches sont hospitaliers et pacifiques envers les Vazaha mais il n’est pas faux non plus d’affirmer que la grande majorité des Malgaches a tendance à s’effacer voire à se dévaloriser devant les étrangers. Et toutes les classes sociales sont concernées par cet état des choses même ceux parmi les élites.

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Madagascar – Etat fantoche? Vive l’indépendance et après…?

Indépendance Madagascar 26 Juin 1960

© Andreus « La liberté n’est rien d’autre qu’une chance de devenir meilleur. » Albert Camus

La quête de la liberté et de l’indépendance pousse tout un peuple à se révolter  et à s’indigner face aux injustices et oppressions de toutes sortes dont il fait l’objet. On se félicite de retrouver notre indépendance après 64 ans de colonisation française.  On en est fier mais 52 ans après, quel est le bilan pour Madagascar ? Quelle est la portée de cette indépendance ? Notre fierté nous suffira-t-elle à survivre à la pauvreté qui nous écrase et à faire face aux défis que le monde actuel nous impose? L’état actuel des choses est-il à la hauteur de nos espérances ce jour du 26 juin 1960 ? Quelles étaient les attentes du peuple Malgache au moment de sa délivrance et où en sont-elles aujourd’hui ?

Fierté nationale : fierté d’existence – mais dans quel état ?

Pour faire simple, indépendance veut dire libre de toute dépendance. Qui peut affirmer que Madagascar n’est pas dépendant ? Notre indépendance est censée vouloir dire que la nation Malgache s’administre elle-même sans dépendre d’une puissance extérieure, libre de choisir dans la manière de faire et de conduire la vie nationale.

On pourrait tenter de dire que dans une économie mondialisée toutes les nations du monde sont interdépendantes. Mais, les faits sont là. Nous n’avons pas encore les possibilités de nous gouverner par nos propres moyens et on ne peut pas subvenir à nos propres besoins. Et pour cause, 52 ans après notre indépendance, environ 50% du budget de l’Etat et 70% de nos investissements publics proviennent de l’extérieur.

Par ailleurs, le magazine Forbes (2011) a placé le pays en tête de sa liste des pires économies du monde. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2011) classe Madagascar parmi les trois pays les plus pauvres du monde à côté de l’Afghanistan et d’Haïti en matière de malnutrition et déscolarisation.

Il est de notoriété publique que la grande majorité de la population gagne moins d’1 dollar par jour : 75% vivent sous le seuil de pauvreté. En d’autres termes, les autres pays pauvres sont plus riches que nous ! Et pour couronner le tout (comme le malheur n’arrive jamais seul), Madagascar fait partie des 10 grandes destinations du tourisme sexuel en Afrique. Malheureusement, la liste n’est pas exhaustive mais le tableau est sans appel.

« Entre les États, il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des intérêts.» Charles de Gaulle

Cette indépendance qu’on célèbre « fièrement » chaque année a plutôt mal commencé d’ailleurs car maquillée par un système néocolonial. Ce qui a conduit par la suite aux événements de 1972 et à la chute de la première République.

Dès lors, les guéguerres politiques ont occupé la première place dans le paysage post-indépendance et diverses crises politiques cycliques ont miné le potentiel de développent de la grande île. Ces jeux politiques et les différentes élections que le pays a connues semblent montrer notre indépendance mais il n’est pas rare non plus qu’on évoque (à tort ou à raison) la main invisible de la France derrière ces événements politiques.

A ce propos, il est souhaitable et considéré comme « normal » par nos politiciens d’avoir la « bénédiction » et la faveur de l’ancienne mère patrie pour pouvoir évoluer dans l’arène politique malgache, d’où l’importance d’être reçu par l’Élysée ou d’autres grandes institutions françaises : tout un symbole !

De ce fait, serions-nous étonnés si une grande partie de l’opinion publique malgache espère que la situation politique à Madagascar changerait après l’élection à la présidence de la France de François Hollande ? Et dire qu’on est en 2012 !

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