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Népotisme et Corruption: Ingrédients de la Justice Populaire à Madagascar

© MorgueFile

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Mis à jour le 28 Février 2015

La justice populaire a toujours existé à Madagascar. C’est le résultat du dysfonctionnement de la justice, de la corruption généralisée et donc de la perte de confiance envers les autorités policière et judiciaire du pays.

Franchement, quel citoyen a encore confiance en l’appareil judiciaire malgache ? Les « innocents » risquent d’être condamnés à tort s’ils n’ont pas assez de « moyens » pour faire valoir leur cause. Les « coupables » ont l’espoir qu’il y aura toujours moyens d’en sortir « intacts » malgré leurs méfaits du moment d’avoir ce qu’il faut là où il faut. Est-ce une simple perception ou tout simplement la triste vérité ?

Avant de juger, il faut comprendre

Si la justice populaire a toujours existé à Madagascar, cette pratique « primaire » a pris une autre ampleur lorsque 2 ressortissants français ont été victimes de lynchage à Nosy Be en 2013. L’opinion publique internationale – notamment française – a été abasourdie par cet événement et stupéfaite par la « barbarie » des Malgaches. Et comme d’habitude, il a fallu que l’ambassade de France tape du poing sur la table pour que les responsables agissent avec empressement afin de prendre les mesures adéquates. Pathétique mais normal pour un État fantoche !

N’en déplaisent aux autorités concernées, les faits nous rappellent au quotidien que les forces de l’ordre et les hommes (et femmes) de loi ont perdu toute légitimité auprès de la population.

Le rapport d’activités du Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC) précise que la gendarmerie est le secteur le plus corrompu à Madagascar, le tribunal vient en deuxième position et la police nationale (en quatrième place).

Les Malgaches sont fatigués par les injustices qu’ils subissent journalièrement, les gens sont frustrés quand ils constatent que les cerveaux de crimes et trafics en tout genre courent toujours les rues sans s’en inquiéter. Les simples citoyens sont dégoutés de voir les forces de l’ordre et autres hommes de loi qui exploitent leur pouvoir pour arriver à leurs propres fins.

Les forces de l’ordre et les malfrats rivalisent dans leurs méfaits et alternent la Une des journaux. Des bandits à col blanc, cerveaux de toutes sortes d’opérations mafieuses se pavanent et respirent une certaine arrogance car ils se considèrent intouchables grâce à leurs pouvoirs et relations. D’autres sont relâchés « sans motif clair » par les autorités et risquent d’exercer des représailles.

Pendant tout ce temps, les députés (pouvoir législatif) qui sont censés représenter le peuple et mettre de l’ordre dans tout cela démontrent malheureusement – au vu et su de tous – leur indifférence et égoïsme avérés. Il n’y a pas un jour où l’on n’assiste pas à des revendications qui vont dans le sens de leurs intérêts personnels : salaires et autres avantages qui dépassent l’entendement.

La justice populaire est la manifestation de cette colère et frustration. Les gens sont dépouillés de leur dignité, ils n’ont plus de repère moral, ils perdent le sens de la discipline et de la justice tellement toutes ces valeurs sont piétinées en premier par ceux qui doivent les respecter.

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État de Droit à Madagascar : Sans Foi Ni Loi

© Dmitry Sunagatov - Dreamstime

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L’Etat de droit est un Etat soumis au droit. Et la justice est l’institution centrale dans le bon fonctionnement de l’Etat de droit. Les forces de l’ordre (la police nationale et la gendarmerie nationale) participent pleinement avec cette institution au respect et à l’application des lois en vigueur. Pour attirer les investisseurs étrangers et s’assurer la sympathie de la communauté internationale, les gouvernants ne se fatiguent pas de répéter que Madagascar est un Etat de droit : un des piliers fondamentaux de la démocratie. Quelle crédibilité ont ces autorités publiques dans l’accomplissement de leurs missions à l’intérieur même du pays ? Peut-on croire et avoir confiance en la justice malgache ?

On se soucie de l’image que le pays évoque à l’extérieur mais quelles traces laissent nos hommes (et femmes) de loi et les forces de l’ordre sur le territoire national ? Il faut dire que les événements majeurs de ces dernières années ne sont pas flatteurs pour ces garants de la Justice à Madagascar.

Le 24 Juillet 2009, des éléments de la gendarmerie ont assiégé la maison d’arrêt de Bazar Be (Toliara) pour délivrer trois des leurs – concernés par des affaires de corruption et de trafics de bovidés.

Le 09 Décembre 2011, des éléments de la police nationale ont attaqué la même prison dans le but de faire sortir un collègue mêlé à une vente d’arme à un bandit. Ce dernier incident a malheureusement débouché sur la mort du premier substitut du procureur de la république, Rehavana Michel, pris en otage par les policiers.

Et que penser de l’action en Novembre 2012 des agents pénitenciers qui menaçaient de libérer tous les détenus d’Antanimora (Antananarivo) suite à l’implication d’un des leurs dans une affaire de braquage (affaire Rasolo Stephan) ?

Par ailleurs, le paiement de dessous-de-table pour réussir son entrée à la gendarmerie et à l’école nationale de la magistrature est un secret de polichinelle. Le ministre de la justice était même au milieu de polémiques quant à l’admission de sa progéniture en tant qu’élève magistrat durant le concours de 2009.

En parlant de corruption, selon le Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC) en 2012, la gendarmerie est le secteur le plus corrompu et la Justice vient en deuxième position.

« L’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part. »

Nul n’est censé ignoré la loi mais quand elle est bafouée par ceux qui sont censés la représenter, à quel saint se vouer ? Ces types d’événements ne font que décrédibiliser davantage le système tout entier. L’image de la justice est déjà écorchée par les mauvaises expériences des citoyens quant au traitement des affaires les concernant. Résultat des courses :  existence d’un climat d’anarchie et d’insécurités au pays. Personne n’est au-dessus de la loi mais chacun fait ce qu’il veut.

Les Dahalo (voleurs de bovidés) et les braqueurs de tout genre ont le culot de défier les forces de l’ordre, on assiste au pillage des ressources naturelles à tout va, on ne fait que constater la prolifération d’escroqueries, de détournements de fonds et autre enrichissement personnel illicite. Concernant les biens mal acquis, des gens ordinaires sont témoins d’enrichissement extraordinaire de leurs voisins. Certaines personnes se vantent même de réussir un « coup de poker » en faisant des fraudes dans les administrations sans que cela déclenche des enquêtes sérieuses dignes de ce nom.

Les gens sont dégoutés par l’impunité et la facilité avec laquelle des coupables sortent tranquillement des prisons au grand dam de tous.  D’ailleurs cela explique l’ancrage des justices populaires (auto-justice) : exécutions sans procès des malfaiteurs (qui malgré leurs forfaits ont aussi des droits). Ce genre de pratique marque le manque de confiance en la justice et ses défendeurs.

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