Madagascar 29 Mars 1947: Qui sont les responsables de ce massacre qui déshonore la France?

Photo issue de l'exposition "Les insurges de Madagascar" Pierrot Men

Photo issue de l’exposition « Portrait d’insurgés, Madagascar 1947 »  © Pierrot Men

Oradour-sur-Glane (France), le 10 Juin 1944, la 2e division allemande la Waffen SS das Reich entre dans le village et massacre 642 personnes dont 205 enfants. Les historiens ont pris comme référence cette terrible tragédie de la seconde guerre mondiale pour décrire les massacres et répressions coloniales qui se sont déroulés à Madagascar entre 1947 et 1948 – notamment dans le village de Moramanga d’où l’appellation l’Oradour malgache.

Ces événements sont tous les deux d’une atrocité insoutenable qui montrent la cruauté et la barbarie humaines. Ils marqueront à jamais la mémoire collective des pays victimes. Par ailleurs, ces crimes contre l’humanité ont été commis par des occupants indésirables, des envahisseurs sans états d’âmes qui imposaient leurs règles afin qu’ un pays tout entier reste sous leur joug.

Certes, la dureté de la vie fait qu’on est submergé par d’autres préoccupations qui font qu’on a pas forcément  la tête à commémorer le passé.  Mais pour toutes ces raisons précitées, la commémoration du 29 Mars 1947 ne devrait jamais être considérée comme juste un jour férié « ordinaire ». C’est un moment de recueillement, de respect de la vie, en mémoire des innocents et de faire face à la vérité.

Non seulement, la commémoration a une portée historique mais aussi une dimension pédagogique afin de tirer les leçons du passé (ce qui n’est pas  toujours garantie!). En effet, nous avons tendance à avoir la mémoire courte ou sélective.

Par exemple, la France condamnait et était dégoûtée par la violence de ce qui a été commis dans toute l’Europe par l’Allemagne nazie durant la seconde guerre mondiale mais cela n’a pas empêché l’administration coloniale de 1947 – 1948 à commettre les mêmes crimes sous d’autres cieux.

Justice pour tous

En Allemagne, jusqu’à aujourd’hui, on traque les assassins Nazis qui ont participé à tous ces crimes odieux commis durant la seconde guerre mondiale et qui ont fait honte à l’Allemagne.

A titre d’exemple, le 06 Mai 2013, dans le sud du pays, on a fait l’arrestation de Hans Lipsichs, 93 ans (ancien gardien du camp de concentration d’Auschwitz entre 1941 et 1945).

A Madagascar, on connait la série policière l’Inspecteur Derrick. Les autorités allemandes ont récemment découvert que l’acteur Horst Tappert, qui jouait notre fameux inspecteur, faisait partie d’un groupe de Waffen SS dans sa jeunesse. Et bien qu’il soit décédé et que les circonstances de son engagement ne soient pas établies, les autorités ont voulu tout de même marquer leur désarroi en suspendant la diffusion de la série et retirait son titre de commissaire d’honneur de la police (Ehrenkommissar) décerné en 1980.

Le message est simple: de tels crimes sont moralement inacceptables et ne peuvent pas rester impunis.

A Madagascar, on a l’habitude de se remémorer les victimes des atrocités de Mars 1947. Resaluons au passage, le formidable projet “Les Insurgés de Madagascar, 1947” de Pierrot Men (images) et Jean Luc Raharimanana (textes) qui visait à “faire parler les témoins” de ces événements et mettre des visages sur les victimes.

Pourquoi, on ne ferait pas pareil pour leurs bourreaux? Qui étaient-ils vraiment? On aborde rarement les identités des coupables. Un sujet qui fâche?

Il est courant de montrer du doigt globalement “la France” comme étant le responsable. Mais ce serait un raccourci facile qui cacherait les responsabilités individuelles.  Ce serait aussi tout simplement injuste envers les français qui ne cautionnaient ni la colonisation ni les crimes coloniaux.

Ces gens ont surement agi au nom de la France mais ce n’est pas pour autant qu’ils avaient la bénédiction de toute la France pour accomplir leurs “missions civilisatrices”.

A défaut de connaitre les noms des coupables (laissons ce terme à la Justice et au tribunal compétent) nous pouvons néanmoins évoquer et rappeler les responsabilités des fonctionnaires politiques et militaires durant cette période.

On est en droit de se poser des questions sur la prise de décision et leur exécution par les responsables de l’administration coloniale.

Responsables ou coupables?

A toutes fins utiles, on pourrait rappeler les noms de quelques personnes qui ont été au pouvoir ou dans l’exercice de leur fonction durant cette période sombre de Madagascar. Comme tout dirigeant qui se respecte, ils sont concernés de près ou de loin par ces événements:

  • Vincent Auriol (Premier Président de la quatrième République française, 1947-54) il considère l’idée même d’indépendance comme un « appel à la révolte  ». Concernant les événements de 47, il disait « qu’il y a eu  évidemment des sévices et on a pris des sanctions. Il y a eu également des excès dans la répression. On a fusillé un peu à tort et à travers  ».
  • Paul Ramadier (Président du Conseil des ministres ou Chef du gouvernement,  Janvier-Novembre 1947). Il envoie l’armée pour mettre fin à l’insurrection malgache
  • Marius Moutet (Ministre des Colonies, 1945-47), membre du comité central de la Ligue des droits de l’homme. Il proclamait « la lutte contre l’autonomisme malgache » (Septembre 1946)
  • Marcel de Coppet (Administrateur colonial, Haut-commissaire de la République française à Madagascar, 1946-47), organisateur de la répression jusqu’en Décembre 1947.
  • Pierre de Chevigné (Officier de marine, Haut-commissaire de la République française à Madagascar, 1948-49), il est le responsable de la pacification, la reconstruction et la réorganisation de Madagascar. Le 7 décembre 1948, il déclare : « Le dernier foyer rebelle a été occupé. »
  • Marcel Baron (Commissaire, chef de la Sûreté, 1946-47): l’homme de terrain et l’homme de main de la répression
  • François Mitterrand (Président de la République Française, 1981-95) déclarait le 6 avril 1951 alors Ministre de la France d’outre-mer: « Je me déclare solidaire de celui de mes prédécesseurs sous l’autorité duquel se trouvait M de Chevigné quand il était haut commissaire. Les statistiques manquent de précision mais il semble que le nombre de victimes n’ait pas dépassé 15.000. C’est beaucoup trop encore, mais à qui la faute si ce n’est aux instigateurs et aux chefs de la rébellion. »

Il est certain que ce type d’affaires laisse un goût amer dans les relations entre pays. Mais nécessaire doit être fait afin de rétablir la vérité car l’impunité ne doit pas être tolérée au nom de la morale.

Lors de la visite historique du président fédéral allemand Joackim Gauck sur le site d’Oradour-sur-Glane, le 04 Septembre 2013, le président français François Hollande disait dans son allocution: “…seule la vérité fonde la réconciliation.” A bon entendeur salut!

Aux 89.000 victimes, on ne vous oublira jamais.

Lire aussi:

Politis: Expo – Les insurgés de Madagascar

RFI: Pour Chirac, la répression de 1947 était «inacceptable»

Matière et Révolution: Madagascar 1947 : révolution contre le colonialisme français

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