Les îles Eparses: Les Malgaches ont-ils Peur de Revendiquer leurs Propres îles à la France?

Les Iles Eparses - Carte sea-seek.com

Les Iles Eparses – Carte © sea-seek.com

Les îles Eparses sont constituées des îles Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India, Europa et Tromelin. Elles sont placées sous l’autorité de l’administrateur supérieur des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) basé à Saint-Pierre de l’île de la Réunion.

Ces îles font l’objet de revendications territoriales de la part de Madagascar pour Bassas da India, Europa, les îles Glorieuses et l’île Juan de Nova. Les Comores revendiquent aussi les îles Glorieuses et l’île Maurice revendique Tromelin.

La France avait pris possession de ces îles après la colonisation de Madagascar en 1896 mais elles sont restées françaises après l’indépendance de la Grande Ile. Le statut de ces îles a évolué auprès des autorités françaises. En effet, selon l’article 14 de la loi n° 2007-224 du 21 Février 2007, elles constituent le cinquième district de la collectivité d’outre-mer de la France. Ces îles ne font pas partie de l’Union Européenne et le droit s’y appliquant est celui des TAAF.

Malgré l’évolution de leur statut au niveau des autorités françaises, la souveraineté française n’est pas universellement reconnue sinon cela se saurait et personne ne tenterait d’affirmer le contraire – encore moins les Malgaches.

En effet, qui oserait réclamer ces îles si cette revendication n’est pas fondée? On ne réclame ni la Corse ni l’île de la Réunion. On réclame des îles qui se trouvent à 150 Km à l’Ouest de la Grande Ile (même pas le trajet Antananarivo – Antsirabe) pour  ce qui est de l’île Juan de Nova.

Si cela ne tenait qu’au citoyen Malgache lambda, réclamer ces îles sur le champs serait dans l’ordre des choses. Il serait tout a fait naturel et légal donc normal de réclamer ce qui nous appartient. Malheureusement, les choses ne sont pas toujours “normales” dans cet environnement anarchique des relations internationales.

Si la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) semble être de notre côté. La “Grandeur” d’un pays et la puissance qui va avec ne sont pas dans notre camps.

Qui veut aller loin ménage…la France

Il va sans dire que ce sont les politiciens malgaches qui ne veulent pas trop aborder le fond du sujet. Chose tout a fait compréhensible même si c’est agaçant.

“Qui veut aller loin ménage sa monture” dit le proverbe. A Madagascar, dans le milieu politique, on dit “Qui veut aller loin ménage la communauté internationale mais surtout – et surtout la France.”

Ce qui est navrant, c’est le fait que si en face, Madagascar avait affaire à un autre pays – par exemple (tout a fait “au hasard”) les Comores – les attitudes et les élans des Malgaches seraient tout autre. Certaines personnes seraient même prêtes à déclarer la guerre à l’Archipel. Mais devant la France, on fait profil bas (comme d’habitude!). Apparemment faire deux poids deux mesures est la règle dans le traitement des litiges internationaux.

Effectivement, quel politicien malgache oserait s’aventurer à irriter l’ancienne « Mère Patrie »? Quel politicien malgache voudrait défier la France: le gendarme de l’Afrique, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies qui a un droit de vie et de mort sur sa « carrière politique” et de la nation toute entière?

A priori, le renversement du régime de Marc Ravalomanana rentre dans cet ordre là car sa vision des intérêts malgaches dans la région n’allait pas dans le sens de celle de la France. La chaine TV Plus Madagascar en a fait un petit reportage (ici).

Ces derniers temps, ce sujet alimentait les conversations dans les chaumières malgaches, à tel point que pendant le débat télévisé du second tour de l’élection présidentielle de décembre 2013, les 2 candidats finalistes parlaient de « cogestion » de ces îles avec la France. Le 19 Mars 2014, le nouveau président de la République, Hery Rajaonarimampianina, affirmait qu’il parlait plus de « négociation » que de « revendication » lors d’une entrevue avec la presse durant son passage à Washington (ici).

Vous êtes bien gentils messieurs mais jusqu’à preuve du contraire nous n’avons pas encore réglé la question du droit de propriété de ces territoires. Ne mettons pas la charrue avant les zébus. Qui sont les propriétaires des Iles Éparses? Pourquoi font-elles jusqu’à aujourd’hui partie de ces territoires contestés au niveau international?

Pendant que ces questions attendent des réponses honnêtes et franches, la France continue à exploiter ces îles pour son propre compte. Un arrêté du 23 mai 2005 autorise des prospections préalables d’hydrocarbures liquides ou gazeux (offshore).

Si la France avait tous les droits “naturel” et légal sur ces territoires,  l’idée de revendiquer ces îles n’effleurera (O! que jamais) même pas l’esprit des Malgaches. Par contre, l’inverse n’est pas toujours vrai.

Les propos du Général De Gaulle en personne a été clair sur “l’importance de l’absence de prétentions de souveraineté de Madagascar sur ces îles” : «Je mets en garde le Quai d’Orsay pour n’importe quelle emprise de Madagascar sur les îles et îlots français avoisinants. Cela ne se justifie d’aucune manière et risque d’entraîner des inconvénients. Les îles et îlots peuvent revêtir pour nous une importance réelle, notamment en ce qui concerne nos expériences atomiques. Je n’approuve donc pas qu’on introduise Madagascar en quoi que ce soit qui se passe dans ces îles, notamment en ce qui concerne la météo. » (Source: Note de De Gaulle à Jacques Foccart (Monsieur Francafrique) du 3 juillet 1961 citée par Pierre Caminade, Comores-Mayotte: une histoire néocoloniale, Marseille, Éditions Agone, 2003 page 26.)

Il est tout a fait respectable et compréhensible que la France veuille bien protéger ses intérêts et défendre son rayonnement au niveau mondial mais jusqu’à quand Madagascar doit se plier et subir les effets néfastes de ces soit-disant intérêts français ?

Qui défendra les intérêts des Malgaches? Qui défendra les intérêts de Madagascar au niveau des instances internationales? Les Nations Unies? En 1979, l’ONU “recommandait” à la France d’engager des négociations en vue de la restitution de ces îles à Madagascar (Résolution A/RES/34/91). C’est comme si une simple recommandation ou invitation suffirait à changer le cours de l’Histoire du monde.

[Mise à jour: 21.03.2014]  Il est tout de même incroyable de constater que dans cette résolution  (Page 92, point.3), l’ONU reconnait bien que ces îles ont été « …séparées arbitrairement de Madagascar » et de ce fait elles doivent être restituées aux Malgaches. Et pourtant, la France continue à clamer haut et fort sa souveraineté et Madagascar n’ose pas (trop) affirmer le contraire.

La loi nous oblige à faire ce qui est dit et non ce qui est juste (Grotius)

Malheureusement, on n’est pas toujours écouté sur ces questions sensibles au niveau international si on ne figure pas parmi les pays – tout au moins – de puissance moyenne. On n’est pas là pour donner des leçons mais pour les recevoir. On n’est pas là pour donner le ton mais suivre ce qui a été décidé pour “notre bien”.

Serions-nous tout juste une “quantité négligeable” sur l’échiquier mondial? Un petit pays pauvre et corrompu qui collecte les misères du monde et qui joue la mauvaise partition dans le concert des Nations? Un pays insignifiant composé de bandes d’incapables qui ne comprendraient pas l’enjeu géopolitique de ces territoires à tel point qu’il serait préférable et toléré – aux yeux de la communauté internationale – que la France soit la “Maitresse des lieux”?

Alors dans ce cas, à quoi servent les conventions et traités internationaux qui proclament haut et fort l’égalité souveraine des États prévue par la Charte des Nations Unies. Que valent ces lois et belles paroles issues des Droits de l’Homme qui chérissent tant le respect des droits des autres? Juste de belles hypocrisies qui ne servent que les intérêts de certains?

Les relations internationales ne se résument parfois que par des rapports de forces. Ces lois et traités sont souvent subordonnés aux intérêts géostratégique et économique des grandes puissances, et modulables à la tête du client. Ne nous étonnons pas si dans le monde, il y a des gens qui décident d’appliquer leurs propres règles en dehors de ce qui est considéré comme légal et convenable aux yeux de la communauté internationale. 

Il est peut-être vrai que si l’avenir de ces îles est laissé entre les seules mains de Madagascar, il se peut que la gouvernance de ses territoires pose problème: protection de cette immense zone contre les pécheurs illégaux et autres pilleurs, lutte contre la piraterie qui pullule dans la zone, conservation des faunes et flores, mais surtout l’exploitation éventuelle des ressources naturelles.

Certes, Madagascar ne possède pas suffisamment de moyens humains et matériels pour assurer leur gestion. Mais cela ne constitue aucunement une raison valable pour le dépouiller de ses droits.  La loi est dure mais c’est la loi.

Que la question du droit de propriété sur ces îles soit claire et réglée une bonne fois pour toute. La coopération internationale (bilatérale ou multilatérale) réglera par la suite leur éventuelle “cogestion” si nécessaire. Ce ne sont pas les acteurs internationaux qui manqueront pour établir des “partenariats constructifs” dans la gestion de ces îles.

S’indigner, c’est bien – Agir, c’est mieux

On entend dire que Madagascar se bat depuis des années pour la restitution de ses îles. L’avancement de ce “combat” dépend-t-il de l’humeur des dirigeants successifs du pays? Ne devrait-on pas monter un groupe de réflexion ou bien une Commission Nationale bien identifiée que l’on pourrait soutenir et contrôler? N’est-ce pas le genre de sujet qui mérite toute l’attention et la mobilisation de tout un pays? De simples citoyens ont eu la bonne initiative de rassembler et organiser une pétition sur les réseaux sociaux. Quels sont les tenants et les aboutissants de cette démarche? Les élites malgaches sauront-ils montrer de quoi ils en sont réellement capables afin de protéger les intérêts de leur propre pays? Ou bien cet élan d’énervement patriotique fait juste partie de ces bonnes intentions qui resteraient sans suite voire abandonnées?

Une chose est certaine: Ces îles sont d’une importance capitale pour l’avenir et la “Grandeur” de la France. Perdre les Iles Éparses – sans parler de pertes économiques – affecterait sa crédibilité et son Prestige. La France ne lâchera pas l’affaire facilement. Et quid de Madagascar?

Si les politiciens malgaches veulent jouer aupolitiquement correctpour éviter de froisser la France et éviterait ainsi de se faire des ennemis. Les simples citoyens ont une toute autre lecture de la situation. L’Histoire veut que l’on se doit d’apprendre à tourner les pages douloureuses de notre passé colonial, mais la question des îles Éparses et l’ingérence de la France dans les affaires malgaches en général font qu’il y a de vieux ressentiments qui resurgissent. Ils alimentent l’impopularité et la dégradation de l’image de la France à Madagascar.

Madagascar réveille-toi, maintenant ou jamais car demain sera déjà peut-être trop tard!

A lire aussi:

1. Lalatiana Pitchboule: Juan de Nova : Oil and GasY (bad) story – 1ere partie

2. Survie: Les îles Eparses, un trésor bien gardé

3. Malango: Revendication de Madagascar sur les Eparses

4. Tribune Madagascar: Pétrole ou biodiversité ? Géostratégie de la France dans le Canal du Mozambique

5. Linium Internaitonal: La France préfère t’elle des îles Eparses pillées à des îles éparpillées ?

Publicités

À propos de Gasy ImpACT

Soyez le chan­ge­ment que vous vou­lez voir dans le monde - Gandhi Voir tous les articles par Gasy ImpACT

5 responses to “Les îles Eparses: Les Malgaches ont-ils Peur de Revendiquer leurs Propres îles à la France?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :