Thérapie de Choc à Madagascar : Ces Fripouilles qui Veulent nous Gouverner

© Rgbstock  Politique. Lutte d'intérêts déguisés en débat de grands principes. Conduite d'affaires publiques pour un avantage privé. Ambrose Gwinnett Bierce

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Politique. Lutte d’intérêts déguisés en débat de grands principes. Conduite d’affaires publiques pour un avantage privé. (Ambrose Gwinnett Bierce)

Serions-nous encore et toujours à la merci de ces individus qui utilisent la politique comme moyen afin de réaliser leurs propres désirs et plaisirs personnels? Dans quel état d’esprit se trouvent les Malgaches ces temps-ci? Connaissez-vous Naomi Klein et son essai remarquable “Stratégie de Choc, la Montée d’un Capitalisme du Désastre”?

Naomi Klein – journaliste, écrivain et militante altermondialiste canadienne – illustre bien dans ce livre comment des individus égoïstes et dépourvus de sens moral exploitent voire enclenchent des événements en vue d’en profiter – tirer le maximum de profit pour leurs petites personnes et leurs copains d’affaires. Elle prend des exemples concrets qui se sont déroulés un peu partout dans le monde ces dernières décennies. Ce livre démontre bien jusqu’où la cupidité, l’égoïsme et l’arrogance humaine peuvent pousser des individus à vendre leurs âmes et faire périr le reste de la population dans une misère qu’ils regardent de haut dans leur indifférence.

Comment se déroule une Thérapie de Choc dans un pays?

Naomi Klein explique que de telle « thérapie » est basée sur des expériences pratiquées sur des “cobayes” (Projet MK Ultra du Dr. Ewen Cameron et repris dans le manuel Kubark de la CIA). On administre des électrochocs et des tranquillisants au patient afin de le “déstructurer” et lui effacer la mémoire en vue de […faire régresser l’esprit vers un état où il était comme une tablette où il n’est rien d’écrit (tabula rasa)”…] en d’autres termes “créer une page blanche” sur laquelle va se construire une nouvelle identité ou de nouveaux modèles de comportement.

D’après la théorie, on pourrait arriver au même résultat pour tout un pays à travers des événements bouleversants majeurs (ex: Catastrophes naturelles, coups d’État, attentats terroristes, crises économiques, répressions à grande échelle, etc.) qui secoueraient et traumatiseraient la conscience collective de la population cible.

Dans son livre, elle donne des exemples d’état de choc dans lequel se trouvaient des pays et comment des individus en ont profité pour réaliser leurs agendas personnels, comme ce fut le cas aux États-Unis avec le 11 Septembre et l’ouragan Katrina, l’Asie du Sud-Est avec le Tsunami, le Chili (sous Pinochet), l’Indonésie (sous Suharto) et leurs coups d’État et les violences qui s’en sont suivies mais aussi la guerre en Irak où cette stratégie a été appliquée dans les règles de l’art.

Les événements pourraient être « provoqués » ou le résultat de circonstances “naturelles” mais les tenants et les aboutissants sont pareils car des individus malintentionnés se préparent à saisir le « bon moment » c’est à dire lorsque tout le monde est encore sous le choc des événements – pour faire passer des lois ou pour réaliser des projets qui ne se feront jamais en temps normal.

Thérapie de Choc pour les Malgaches?

Est-ce que la thérapie de choc a été (est) appliquée à Madagascar? On ne va pas s’aventurer à affirmer son application. Chacun fera sa propre analyse et interprétation des événements.

Néanmoins, force est de constater qu’une grande partie des Malgaches est dans le même état de choc que la population des pays à qui on a infligé cette thérapie machiavélique: désespérés et désorientés, les gens sont fatigués par le climat (pourri) politique, angoissés par l’incertitude des lendemains qui déchantent, traumatisés par l’insécurité, aigris par la pauvreté croissante. Et l’économie de Madagascar ressemble à l’économie des pays en guerre.

La crise actuelle est rythmée par plusieurs événements majeurs qui ont secoué les esprits et qui sont passés en boucle dans les médias et réseaux sociaux.  A commencer par le fameux “Black Monday” du 26 janvier 2009. Ce jour où des établissements de la capitale faisaient l’objet d’incendie et de pillage à grande échelle comme on a jamais vu. L’absence totale des forces de l’ordre durant l’événement a aggravé la propagation des pillages à divers endroits et a fait tomber la ville dans un état psychologique intense.

Le massacre des manifestants du 07 Février 2009, la prise de pouvoir soutenue par l’armée le 17 Mars 2009 et les affrontements entre les opposants et les tenants du pouvoir font partie des images fortes de cette crise. La violence des arrestations et les interventions des forces de l’ordre pour “calmer” les opposants sont dans l’esprit. Et pour la première fois, voit le jour à Madagascar un soit-disant “terrorisme intérieur” à travers des attentats à la « bombe artisanale » qui porte bien son nom.

Par ailleurs, la détérioration de la vie politique a donné libre cours à la dégradation de la vie sociale et la recrudescence de l’insécurité. Les faits divers deviennent les préoccupations principales de tout un chacun. L’exposition à des images violentes dignes des films d’épouvante est devenue courant.

Chacun peut continuer sa liste mais une chose est certaine: dans notre esprit, on n’est plus le même. Quelque chose s’est brisé.

La population résignée est arrivée à “accepter” et ne fait que regarder des choses qu’elle désapprouve en silence: enrichissement personnel des responsables corrompus, changement de certains textes de lois, trafic de bois de roses au vu et au su de tous sans que personne n’ose bouger le petit doigt, pillage et braderie des autres richesses nationales, etc.

Force est de constater l’enrichissement exceptionnel d’une minorité et l’appauvrissement extraordinaire de la majorité de la population: selon la Banque Mondiale, 92% des Malgaches vivent actuellement en-dessous du seuil de la pauvreté. En d’autres termes, le jour où ils seront plus riches sera le jour où ils seront officiellement pauvres.

Notre instinct de survie est stimulé en permanence

La vie nationale est rongée par l’instabilité politique. Les seules choses qui sont stables et constantes sont l’inquiétude (assurer les besoins vitaux) et la peur face à l’insécurité. Ces deux points constituent notre “normalité” et rythme la vie quotidienne.

L’insécurité? Parlons-en un peu. Dans quel état d’esprit seriez-vous si…après le travail (si vous avez la chance d’en avoir), vous devez faire en sorte d’être le plus discret possible pour ne pas attirer l’attention des pickpockets qui pullulent les Taxibe (Bus) . Il est fort probable que vous ne serez pas pris par les bus car comme d’habitude ils sont déjà bondés comme une boite de sardine ou bien ils vont vous “délaisser” au cours du trajet. Vous allez devoir marcher pour rentrer. Ce qui augmente encore le risque de se faire “arrêter” en cours de route par les “rois des ruelles”, ce qui maintiendrait votre tension artérielle à un niveau qui fera broncher votre médecin personnel (si vous avez la chance d’en avoir).

Si vous arrivez sain et sauf à la maison, vous allez déjà vous préparer avec votre petite famille à “organiser” la nuit c’est à dire à vérifier que tous les cadenas et serrures de la maison sont fermés à double tour (voire plus si vous le pouvez) et à ne pas oublier de mettre des bouteilles vides autour des poignées pour vous réveiller au cas où “ils arrivent”.

Vous allez mettre à l’abri les choses qui vous tiennent à cœur (si vous pouvez les cacher) mais néanmoins vous ferez en sorte de laisser “quelque chose” à portée de mains afin de les donner aux “visiteurs” s’ils débarquent sinon on risque de laisser sa propre vie et celle des siens. Vous vous arrangez avec votre conjoint(e) ou vos enfants pour monter la garde. Le risque de se faire attaqué est réel car c’est déjà arrivé à votre voisin il y a quelques jours. Et que tout cela fait partie de votre rituel tous les jours et toute l’année.

Ne parlons même pas des villages qui se font attaquer par toute une armée de Dahalo.

Quand on constate l’incapacité des forces de l’ordre à contenir l’insécurité à Madagascar. On est tenté de se poser la question si à termes les responsables politiques ne seront pas poussés à “privatiser” la sécurisation nationale à l’instar de ce qu`a fait BlackWater en Irak. Des responsables malgaches ont été déjà prêts à céder une partie de la souveraineté nationale et faire appel à l’armée française pour “pacifier” le sud du pays à cause des méfaits des Dahalo.

Laisser de tel projet entre les mains des privés pourraient être tentant car on pourra le justifier avec plusieurs arguments mais cela pourrait être aussi l’occasion de s’en mettre pleins les fouilles.

L’analogie avec BlackWater est simpliste et peut-être naïf mais la pauvreté et l’anarchie se vendent bien. On ne peut que faire ce constat quand on considère le paiement de la Redevance de Sûreté Aéronautique (RSA) dans les aéroports.  Ces nouveaux frais (Juin 2013) sont à payer au bureau de la Compagnie de Sécurité Privée et Industrielle (CSPI), une société française partenaire de l’Aviation Civile de Madagascar (ACM). Cette mesure – qui ne respectait pas les textes et lois en vigueur à Madagascar au moment de son application – suscite le mécontentement de l’opinion publique prise au dépourvu.

Petit à petit, l’oiseau fait-il son nid? Au point où l’on est, il suffit aux individus malintentionnés d’accélérer la défaillance totale de l’État pour instaurer leurs propres règles.

Vers qui se tourner quand rien ne va plus?

C’est dans ce contexte, que ce peuple – déjà affaibli et étourdi par tant d’épreuves, de crise de nerfs et de combats de survie au quotidien – va pouvoir (enfin) exprimer ses opinions aux urnes. Les élections présidentielle et législatives (Décembre 2013) sont attendues à faire sortir le pays de cette crise sans précédente mais dans quelles conditions?

Les longues tractations et négociations politiques à n’en pas finir accouchent de 33 candidats à l’élection présidentielle (41 au début – record mondial) et pour couronner le tout, on va  – pour la première fois de notre Histoire – utiliser le bulletin unique (affiche unique serait plus appropriée comme appellation compte tenu de son format A3). Et ne parlons même pas du jumelage de l’éventuel deuxième tour de la présidentielle avec les législatives.

On ne facilite pas vraiment la vie des gens et la sortie de cette foutue crise.

On peut avancer n’importe quels arguments pour justifier tout cela mais pour résoudre une crise politique qui divise tant un pays, quelqu’un quelque part s’était surement dit: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

En face, le peuple doit faire face à des candidats dont certains font tout pour se faire élire – non pas à coup d’opinions mais à coup de pognons. Il ne faut pas croire que ces individus le font pour le bien de la nation car ils le font d’abord pour eux-mêmes ou tout au plus pour leur bande de copains. En d’autres termes, leurs propres intérêts passent avant le reste de la population. Bref, de vraie fripouille.

Si vous êtes candidat à la présidentielle ou aux législatives et que vous vous sentez visé par ces remarques, c’est que vous êtes certainement une belle fripouille et vous êtes la plaie de cette nation. La poursuite de vos rêves égoïstes a transformé la vie de tout un pays en cauchemar. Vous rendrez un grand service à ce pays (pour une fois) le jour où vous auriez la sagesse de quitter la scène politique malgache à tout jamais. On ne vous regrettera pas mais le peuple « pourrait » reconnaitre dans de tel geste de votre part: un acte de patriotisme (enfin), un mot qui semble dénuder de sens dans votre bouche et vos actions.

Dans le cas contraire, si vous êtes candidat ou tout simplement politicien et que vous ne vous sentez pas concerné, l’espoir est permis pour le pays.  Vous comprenez et partagez cette colère envers ces sangsues qui veulent juste s’enrichir sur le malheur des autres.

Les Malgaches sauront-ils démasqués ces canailles? Tomberions-nous encore une fois dans les pièges de ces propagandes et les appâts que l’on nous sert à volonté? Madagascar se portera mieux le jour où nous aurons appris de nos erreurs passées et trouver la force et le courage de nous organiser pour les empêcher de gouverner.

Ne cherchons pas le président messianique, mais devenons des citoyens providentiels. Des hommes et des femmes qui ne se laissent pas faire, qui sauront mettre nos dirigeants devant leurs responsabilités. Soyons volontaires à relever les défis de développement économique et social et prêts à combattre le bon combat qui permettrait aux Malgaches de profiter pleinement de la richesse de cette terre de nos ancêtres. Prenons notre destin en mains.

Madagascar, reveille-toi maintenant ou jamais car demain sera déjà peut-être trop tard!

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