Les Malgaches se laissent-ils impressionner par les Vazaha? (1ère partie)

© Dmitriy Melnikov  Dreamstime

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Nous allons aborder dans les prochains billets un thème récurrent qui affecte tous les domaines d’activités à Madagascar: le rapport des Malgaches avec les diverses communautés étrangères au pays. Ce thème pourrait se résumer par cette expression: « Dis-moi comment tu te comportes avec les étrangers et je te dirai à quelle société tu appartiens. » La légendaire hospitalité malgache ne cache-t-elle pas une soumission latente envers les étrangers?  Quelle emprise les Vazaha ont-ils sur les Malgaches? Serait-il exagéré d’affirmer que les Malgaches ont tendance à se dévaloriser devant les étrangers? Serait-il faux de proclamer que nous avons un sérieux problème d’estime de soi qui mérite d’être (re)travaillé?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de définir ce que l’on entend par « Vazaha », notamment pour les « non-initiés ».

Allô Vazaha, Salut Vazaha

Pour aller droit au but, Vazaha signifie étranger. C’est un terme du langage courant utilisé par les Malgaches pour désigner les non-Malgaches.

Cela peut paraitre “bizarre” voire choquant pour certains Vazaha de se faire interpeller: « Hey Vazaha! » dans la rue – par des enfants voire des adultes. Imaginez-vous vous faire crier par des inconnus: « Hey, l’étranger! » dans une ville quelconque dans le monde. Cela pourrait gêner plus d’un et cela pourrait être tout sauf rassurant.  Mais dans le contexte malgache, ce mot n’est ni péjoratif ni inamical. Ces “interpellations” sont – dans la majorité des cas – plus motivées par la curiosité assortie de taquinerie donc rien de bien méchant…normalement (à moins que vous vous trouviez au mauvais endroit au mauvais moment).

Il faut aussi préciser que dans l’usage, le mot Vazaha a évolué avec le temps. Si la définition de base est toujours d’actualité. Le mot s’est focalisé notamment sur les individus de type caucasien – en d’autres termes les « Blancs« . Il arrive d’ailleurs que des Malgaches au teint clair soient surnommés Vazaha par leur entourage.

Par ailleurs, dans la conscience collective malgache, le terme Vazaha constitue presque tout un “Concept” et est très souvent associé à tout ce qui est idéal, de qualité supérieure, de situation meilleure ou au progrès en général. On dirait que tout ce qui touche le Vazaha est mis sur un piédestal. Et a l’opposé, existe le concept “Vita Gasy” (fabrication malgache) qui est synonyme de médiocrité.

Cela va sans dire que cet “univers Vazaha” semble être inaccessible par la masse. D’autant plus que la TV et les autres médias influencent la majorité sur l’image idyllique qu’on a des Vazaha que tout le monde ne côtoie pas dans la vraie vie.

Tout cela pourrait expliquer en grande partie cette “fascination” des Malgaches envers les étrangers.

L’important, ce n’est pas ce que l’on était mais ce qu’on voulait être

En général, les Malgaches sont hospitaliers et pacifiques envers les Vazaha mais il n’est pas faux non plus d’affirmer que la grande majorité des Malgaches a tendance à s’effacer voire à se dévaloriser devant les étrangers. Et toutes les classes sociales sont concernées par cet état des choses même ceux parmi les élites.

Certains avancent que nous héritons tout simplement d’une mentalité d’éternels colonisés. La “crainte” du Vazaha est-elle transmise de génération en génération? D’autres affirment que la pauvreté ne touche pas uniquement nos conditions socio-économiques mais elle affecte aussi notre État d’esprit et notre estime de soi.

Les Vazaha ont certes des pouvoirs socio-économiques et culturels certains à Madagascar. En général, bien que minoritaires,  ils ont su et appris à se faire une place au soleil. Leur style de vie semble représenter “The” modèle de réussite.

Comme mentionné auparavant, on a tendance à croire que tout ce qui vient de l’extérieur est meilleur et zéro défaut. Ceci constitue un énorme problème de développement car on cultive dans notre manière d’être et de faire que nous sommes “inférieurs” comparés aux “autres”. On se dit que les « autres » ont toujours et systématiquement les meilleurs avis dans tous les domaines. Résultat des courses: on n’est jamais force de proposition, on dépend continuellement  des autres et on devient de simples exécutants voire de simples spectateurs – même de notre propre Histoire.

Arrêtons de nous dire que les Vazaha ne nous donnent pas la place que nous méritons car beaucoup d’entre nous n’ont même pas une très haute opinion de nous-même et de nos compatriotes.

Chez une infime minorité des Malgaches, deux tendances se dessinent: ceux qui feront (ou du moins essaieront) de faire comprendre aux étrangers qu’ils ne sont pas comme la majorité “intimidée” et feront passer le “message” à leurs manières et il y a ceux qui veulent être perçus en tant que ce qu’ils sont et ce qu’ils valent et non pas pour ce qu’ils représentent dans la tête de tout un chacun.

On évoque souvent notre souveraineté et notre indépendance. Le corps de Madagascar a été certes officiellement libéré mais il reste à décoloniser notre esprit. Il est plus que temps de rompre avec les mauvaises habitudes.

A défaut d’une “thérapie de désintoxication nationale”, c’est tout d’abord une démarche individuelle: un travail sur soi. L’image que nous avons de nous-même détermine la manière dont les autres nous perçoivent et nous considèrent. Apprendre à se mettre en avant sinon on passerait « inaperçu et inutile » même dans notre propre pays.

Le développement de Madagascar passe aussi par le bon équilibre de cette relation avec les étrangers. Comment pourrait-on se développer si l’on n’a même pas conscience de ses valeurs et ce dont on est capable d’accomplir? Que sera Madagascar de demain: une société clanique ou cosmopolite? Un acteur principal de son propre développement ou bien l’éternel pays en détresse qui envie les autres? 

 

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2 responses to “Les Malgaches se laissent-ils impressionner par les Vazaha? (1ère partie)

  • Henry

    L’origine la plus vraisemblable de ce terme est de provenance sakalava : »mivaza ahy » ( qui rabroue, qui cherche querelle…). Attitude assez habituelle du colon dans tout le pays des années durant.

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