Madagascar 29 Mars 1947: Quand les Intérêts de la France concourent à la Perte des Malgaches

© Couverture du livre de Jean-Luc Raharimanana, Madagascar 1947, paru en 2007.

© Couverture du livre de Jean-Luc Raharimanana, Madagascar 1947, paru en 2007.

La brutalité de la répression de l’insurrection malgache de 1947 par l’armée française est telle que cette période noire de Madagascar marquera à jamais l’histoire du pays. Certains historiens qualifient même d’Oradour Malgache le massacre commis à Moramanga à l’époque.

En cette journée du 29 Mars, on se rappelle des vies d’innocents  et de gens qui avaient soifs de liberté qu’on leur avait détroussée. C’est une journée où l’on doit se souvenir des 89.000 morts et de leurs contemporains qui avaient vécu dans la peur et la souffrance sous le joug de la colonisation. Quel homme ne se souleverait pas si on lui ôte ses droits et libertés? Quel pays ne résisterait pas si une occupation étrangère lui inflige des humiliations et injustices?

Sous la colonisation, les malgaches avaient surement compris que  » la liberté ne se donne pas, on la prend. » Mais la France ne l’entendait pas de cette oreille car pour elle l’independance ne s’arrache pas, elle s’octroie.

Le malheur des uns fait la bonne fortune des autres

Le destin de Madagascar et de l’Afrique a été scellé par la signature du traité de Berlin de 1885. Les pays signataires: l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède et l’Empire ottoman (Bref, la communauté internationale de l’époque) et notamment les puissances européennes établissaient les règles de partage et d’occupation des terres d’Afrique – bien entendu sans concertation avec les premiers concernés: les Africains.

Ils voulaient s’assurer le contrôle des ressources naturelles et des habitants. En contrepartie, ils s’engageaient à se préoccuper du “bien-être moral et matériel des populations indigènes”  – en d’autres termes: apporter la “civilisation”.

Pour résumer l’esprit de l’époque, considérons un extrait du discours de Jules Ferry (un partisan zélé de l’expansion coloniale) le 28 Juillet 1885: « Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

Petite parenthèse: à Antananarivo, comme « héritage » de la colonisation, nous avons jusqu’à ce jour un Lycée Jules Ferry à Faravohitra, on n’est pas rancunier au pays, on regarde le côté positif des choses?

Les Européens voyaient (et voient…toujours) en l’Afrique une source inépuisable de matières premières pour leurs industries mais aussi de nouveaux débouchés pour leurs produits. Chaque pays se souciait de ses intérêts propres notamment ses positions stratégique et commerciale sur le continent et rêvait de puissance et de prestige en se constituant de vaste empire colonial.

D’ailleurs les propos de Jules Ferry sont contestés par d’autres politiciens français comme Georges Clemenceau, le 30 Juillet 1885, comme l’atteste cet extrait de son discours “N’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur”

Et c’est dans ce contexte que Madagascar et les malgaches sont devenus des individus depouillés de tout droit par le pays des droits de l’homme qu’est La France et contribuaient ainsi au rayonnement de ce dernier dans le monde.

Quand l’injustice devient loi, la résistance est un devoir

La vie de la colonie est centrée sur la fourniture de matières premières et d’autres privilèges à la puissance coloniale. Les colons contrôlaient les secteurs clés de l’économie. Pendant ce temps, les malgaches avaient droit aux travaux forcés, au racisme quotidien, au code de l’indigénat, au SMOTIG (Service de la main-d’oeuvre pour les travaux d’intérêt général) à la malnutrition, à l’humiliation, à l’emprisonnement et à la mort. Mais on devait être reconnaissant pour la « mission civilisatrice » des colonisateurs.

La revendication de l’indépendance a toujours existé tout au long de la colonisation et cela dés 1896. Mais la répression des “civilisateurs” non plus ne s’était pas fait attendre. Entre autres, la “pacification” de Madagascar sous l’égide du général Galliéni et bien entendu la répression des événements de 1947 qui se terminait en Novembre 1948.

La répression était caractérisée par des actes de violence et de crimes de guerre: violentes perquisitions, emprisonnement, tortures, exécutions sommaires, massacres de villageois, incendies de villages, etc.

Le massacre de 5 mai 1947 à la gare de Moramanga a été aussi un événement marquant de cette période lorsque l’armée française avait mitraillée des prisonniers dans des wagons.

En termes d’intimidation, l’administration coloniale faisait monter des prisonniers dans les avions pour ensuite les lâcher au-dessus des villages (des bombes humaines).

Tous ces moyens de répression n’ont fait qu’accentuer la haine qu’avait les malgaches envers les occupants français. Le directeur de la Sûreté, Marcel Baron, actif dans la répression de 1947, faisait partie de ceux qui ont marqué cette période avec ses methodes brutales.

Côté français, certains reconnaissaient l’ampleur de l’horreur et des massacres.

Albert Camus disait dans le journal Combat du 10 mai 1947: « Nous faisons ce que nous avons reproché aux Allemands de faire »

Le président de la république française, Vincent Auriol, admettait le 10 Juillet 1947 que Il y a eu évidemment des sévices et on a pris des sanctions. Il y a eu également des excès dans la répression. On a fusillé un peu à tort et à travers« .

Lorsque Madagascar a été de nouveau “pacifié”, les résistants malgaches devaient implorer publiquement le pardon pour leurs « ingratitudes » et rébellion envers les occupants. Notre estime de soi en a pris un sacré coup.

L’Etat n’a pas d’amis mais il y a juste des intérêts

Que ferait un pays pour défendre ses intérêts et son prestige? Ou plutôt que ne ferait pas un pays pour les défendre?

L’histoire de l’humanité et des nations a été toujours marquée par des guerres et des conquêtes mais cela n’excuse en rien les barbaries et autres atrocités commises.

Chaque pays a ses propres vision et démarches afin d’assurer son existence et survie. Durant la colonisation, la France et les autres pays européens avaient prouvé qu’ils étaient prêts à tout pour arriver à leurs fins.

Les malgaches d’avant la colonisation étaient encore limités à leur vision « locale »: Ny ranomasina no valamparihiko (littéralement, la mer est la limite de ma rizière, en d’autres termes: la mer est ma frontière, on était préoccupé par les choses « nationales » d’abord) et n’avaient pas vu les choses venir alors que les grandes puissances avaient une vision “globale” dont nous allions subir les conséquences.

Les malgaches d’aujourd’hui sont encore submergés par la misère mais surtout les guéguerres politiques locales et d’autres conflits d’intérêts alors que la mondialisation s’impose à nous avec ses règles et défis.

Les motivations et les ambitions des nations restent toujours d’actualités: recherche d’indépendance énergétique, maintien d’un certain mode de vie, amélioration de la position stratégique, acquisition des matières premières et recherche de débouchés à l’industrie nationale, développer la puissance et le prestige nationaux, assurer une vie meilleure pour les générations à venir, etc.

Ferions-nous mieux que nos aïeux? Ou bien serions-nous à jamais, un pré carré, un terrain de jeu des grandes puissances et autre pays émergents qui savent exactement ce qu’ils veulent et y travaillent pour y arriver.

La manoeuvre est plus subtile et plus complexe qu’auparavant mais les enjeux restent les mêmes.

Les élites malgaches sauront-ils protéger les intérêts de Madagascar? Sommes-nous condamnés à satisfaire les désidératas des uns et des autres? Aurons-nous la capacité mais surtout le courage de défendre nos propres intérêts? Quelle partition joue Madagascar dans le concert des nations? L’éternel pays du tiers-monde réservoir et fournisseur de matières premières – comme au temps des colonies – pour les industries du monde? Un Etat fantoche ou un pays qui vit par procuration? Saurions-nous prendre notre destin en mains?

Madagascar, réveille-toi maintenant ou jamais car demain sera déjà peut-être trop tard!

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