Archives mensuelles : février 2013

État de Droit à Madagascar : Sans Foi Ni Loi

© Dmitry Sunagatov - Dreamstime

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L’Etat de droit est un Etat soumis au droit. Et la justice est l’institution centrale dans le bon fonctionnement de l’Etat de droit. Les forces de l’ordre (la police nationale et la gendarmerie nationale) participent pleinement avec cette institution au respect et à l’application des lois en vigueur. Pour attirer les investisseurs étrangers et s’assurer la sympathie de la communauté internationale, les gouvernants ne se fatiguent pas de répéter que Madagascar est un Etat de droit : un des piliers fondamentaux de la démocratie. Quelle crédibilité ont ces autorités publiques dans l’accomplissement de leurs missions à l’intérieur même du pays ? Peut-on croire et avoir confiance en la justice malgache ?

On se soucie de l’image que le pays évoque à l’extérieur mais quelles traces laissent nos hommes (et femmes) de loi et les forces de l’ordre sur le territoire national ? Il faut dire que les événements majeurs de ces dernières années ne sont pas flatteurs pour ces garants de la Justice à Madagascar.

Le 24 Juillet 2009, des éléments de la gendarmerie ont assiégé la maison d’arrêt de Bazar Be (Toliara) pour délivrer trois des leurs – concernés par des affaires de corruption et de trafics de bovidés.

Le 09 Décembre 2011, des éléments de la police nationale ont attaqué la même prison dans le but de faire sortir un collègue mêlé à une vente d’arme à un bandit. Ce dernier incident a malheureusement débouché sur la mort du premier substitut du procureur de la république, Rehavana Michel, pris en otage par les policiers.

Et que penser de l’action en Novembre 2012 des agents pénitenciers qui menaçaient de libérer tous les détenus d’Antanimora (Antananarivo) suite à l’implication d’un des leurs dans une affaire de braquage (affaire Rasolo Stephan) ?

Par ailleurs, le paiement de dessous-de-table pour réussir son entrée à la gendarmerie et à l’école nationale de la magistrature est un secret de polichinelle. Le ministre de la justice était même au milieu de polémiques quant à l’admission de sa progéniture en tant qu’élève magistrat durant le concours de 2009.

En parlant de corruption, selon le Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC) en 2012, la gendarmerie est le secteur le plus corrompu et la Justice vient en deuxième position.

« L’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part. »

Nul n’est censé ignoré la loi mais quand elle est bafouée par ceux qui sont censés la représenter, à quel saint se vouer ? Ces types d’événements ne font que décrédibiliser davantage le système tout entier. L’image de la justice est déjà écorchée par les mauvaises expériences des citoyens quant au traitement des affaires les concernant. Résultat des courses :  existence d’un climat d’anarchie et d’insécurités au pays. Personne n’est au-dessus de la loi mais chacun fait ce qu’il veut.

Les Dahalo (voleurs de bovidés) et les braqueurs de tout genre ont le culot de défier les forces de l’ordre, on assiste au pillage des ressources naturelles à tout va, on ne fait que constater la prolifération d’escroqueries, de détournements de fonds et autre enrichissement personnel illicite. Concernant les biens mal acquis, des gens ordinaires sont témoins d’enrichissement extraordinaire de leurs voisins. Certaines personnes se vantent même de réussir un « coup de poker » en faisant des fraudes dans les administrations sans que cela déclenche des enquêtes sérieuses dignes de ce nom.

Les gens sont dégoutés par l’impunité et la facilité avec laquelle des coupables sortent tranquillement des prisons au grand dam de tous.  D’ailleurs cela explique l’ancrage des justices populaires (auto-justice) : exécutions sans procès des malfaiteurs (qui malgré leurs forfaits ont aussi des droits). Ce genre de pratique marque le manque de confiance en la justice et ses défendeurs.

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