Fédéralisme ou Etat Unitaire: diviser pour mieux régner ?

© Zolwiks

En cette période de crises mondiales supplantées par une crise politique locale sévère en ce qui concerne Madagascar, des idées font ou refont surface. La question du « Fédéralisme versus Etat unitaire » est toujours évoquée. Un thème brandi presque systématiquement par les partisans du fédéralisme à chaque fois que le pays traverse des moments «difficiles». A Madagascar, le terme «fédéralisme» divise l’opinion et fait penser au tribalisme et à la guerre «ethnique». Pourquoi cette mauvaise perception au niveau de la population ? Les instigateurs comprennent-ils eux-mêmes la portée de tel concept dans un pays pauvre et fragilisé par des différends politiques qui minent la société entière?

Que choisir ?

Il est intéressant d’observer que certains partisans ne savent même pas expliquer le fédéralisme qu’ils entendent instaurer au pays. A tel point qu’on se demande si c’est vraiment une démarche désintéressée centrée sur l’intérêt général ou bien juste une autre manœuvre politique afin d’obtenir sa part du «gâteau» du pouvoir?

Afin d’éviter tout malentendu, mettons nous d’accord sur les termes qu’on est en train de discuter. On ne va pas entrer dans les définitions purement juridiques. Par contre, il est important de rappeler succinctement les caractéristiques de ces 2 formes d’organisation d’Etat.

L’Etat fédéral est constitué d’Etats fédérés divisés et délimités géographiquement (ex : Allemagne, Suisse, Etats-Unis). Ces derniers ont certaines autonomies limitées au niveau local. Chaque Etat membre peut avoir sa propre Constitution et son propre gouvernement mais reste sous le contrôle de l’Etat central. Dans ce type de système, l’Etat central n’a pas le monopole de la souveraineté car celle-ci est partagée avec les Etats fédérés. Par contre, seul le gouvernement central est reconnu et peut s’engager au nom du pays tout entier au niveau international.

Par ailleurs, l’Etat Unitaire est un État dans lequel les principaux pouvoirs sont centralisés et demeurent entre les mains d’un seul gouvernement national (ex : Danemark, France, Australie, Madagascar). Néanmoins, un Etat unitaire peut adopter en son sein d’autres formes d’administration comme la «décentralisation» qui accorde une certaine autonomie au niveau local. Mais à la différence de l’Etat fédéral, il n’y a pas de transfert de souveraineté de l’Etat central vers ces « zones » décentralisées.

Il est à remarquer qu’à Madagascar, le terme le plus souvent utilisé est le «fédéralisme» et non pas l’«Etat fédéral». Le terme même (avec cette terminaison en –isme) ne rassure pas toujours – péjoratif ? Cela rappelle une expression du général De Gaule qui disait «Nous ne sommes pas des Nationalistes, nous sommes des Nationaux. Les Nationaux sont ceux qui aiment leur pays mais les Nationalistes sont ceux qui détestent le pays des autres.» Citation que devraient méditer nos «fédéralistes» au pays.

En effet, la mauvaise perception du «fédéralisme» pourrait s’expliquer par la simple méconnaissance du terme même mais surtout par la tenue de propos « borderline » ou autres discours tribalistes qui créent souvent des malaises. En bref, si le fédéralisme vient du mot latin foedus qui veut dire « alliance », il est synonyme de division à Madagascar.

Que demande le peuple ?

A vrai dire, quand on y regarde de plus près, les gens se «foutent» complètement de la forme de régime qui va les régir du moment que leurs besoins vitaux soient satisfaits. Ils sont tout simplement sensibles à la bonne répartition des richesses du pays, d’avoir accès au même niveau de service tant en villes qu’en brousses, de faire bénéficier à leurs enfants la même qualité d’éducation, d’avoir accès aux mêmes soins médicaux, de pouvoir bénéficier des services publics de qualité égale et de profiter des mêmes infrastructures – En bref, rendre inexistantes les fractures sociales sous toutes ces formes afin qu’ils (re)trouvent leur dignité humaine.

Mais quand on a faim, est mal vêtu, mal logé ou pas du tout logé, mal soigné ou n’a pas le moindre médecin dans son village, on est tout simplement manipulable et exploitable à volonté.

A Madagascar, les gens revendiqueraient-ils des états fédérés s’ils se portent bien au quotidien et qu’ils mangent à leur faim? Peut-être qu’ils ne feront même pas attention à ce genre de débat. D’ailleurs, ce type d’idées comme le «fédéralisme» est populaire ou «passe mieux» en période de crises.

Il suffit de regarder l’histoire politico-économique du monde pour comprendre que les réformes ou autres idées qui engendreraient de tel changement radical ne passeront presque «jamais» en temps de « paix et de prospérité» et que ces moments de flottements et de zizanie collective constituent des occasions «rêvées» pour faire passer toutes sortes de pilules à la population.

Si les revendications semblent être justifiées et que l’on essaye de suivre la démarche, faut-il pour autant parler de «fédéralisme» comme option qui permettra de mettre au même niveau toutes les régions de l’île ? Qu’en est-il de l’unité et de l’identité du peuple malgache qui risquent d’en prendre un sacré coup.  Est-ce qu’on ne devrait pas faire l’audit de ce qui marche ou pas dans la façon de gérer le pays: le dysfonctionnement de la machine administrative, l’inefficacité ou de l’inexistence de politique sérieuse pour éradiquer la pauvreté, la corruption et l’incompétence même des dirigeants étatiques à tous les niveaux, etc.

Sécessionnisme ou Séparatisme

Le monde de la géopolitique a été marqué ces derniers temps par ces termes «effrayants» pour ses détracteurs et synonymes de «liberté» pour ses partisans. En Afrique, la sécession du Sud Soudan est encore fraîche dans la mémoire. En Europe, on parle beaucoup des activités des séparatistes écossais vis-à-vis de la Grande Bretagne et de la Catalogne par rapport à l’Espagne. Dernier exemple en date qui a secoué les pro-Etat unitaire est la victoire du parti séparatiste québécois aux législatives.

En général, dans les pays dits «industrialisés» ou «avancés», ces mouvements politiques ont fait l’objet de différents débats publics et autres consultations populaires durant des décennies. Les intellectuels de tout bord à différents époques ont contribué pour peser le «pour» et le «contre». Ces mouvements s’accentuent et gagnent aussi le cœur de la foule au rythme des crises qui semblent conforter les sentiments nationalistes et de solidarité identitaire.

Tout au moins, le fait est que ces «revendications» sont discutées et rediscutées et ne sont pas prises à la légère. Elles sont considérées sous plusieurs angles et plusieurs facteurs – qui ont des racines anciennes (identitaires, historiques, culturels, économiques, etc.) – entrent en jeu dans les discussions afin de motiver de telle démarche.

Dans les pays en voie de développement – et surtout lorsque leur sous-sol est riche en matières premières de tout genre – il est fort à craindre que de telle approche soit plus motivée par des intérêts pécuniaires « privés » masqués par des actions « humanitaires » et autres pseudo intérêts collectifs.

Dans ces pays, le risque qu’une région ou province se décrète comme nation est assez élevé et notamment quand elle possède une richesse en matière énergétique qui lui permettrait de prendre sa destinée toute seule en tant que pays indépendant. Richesse sans laquelle l’idée même de séparatisme n’effleurera même pas l’esprit de ses défenseurs et n’attireraient pas non plus de potentiels «sponsors» nationaux et internationaux.

Et malheureusement, contrairement aux pays développés, ce genre d’idée n’est pas toujours le fruit d’une concertation et débat publics mais peut se concrétiser du jour au lendemain sur un coup de tête, à coup de mitraillette ou à coup de dollar…bref tous les coups sont permis et c’est la population qui paye le prix fort au péril de leur vie.

« Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain? » (Albert Camus)

A Madagascar, on dit que «quand le ventre est vide, l’esprit s’égare» en d’autres termes lorsque les gens n’ont rien à se mettre sous la dent et luttent au quotidien pour leur survie, ils n’ont pas le «temps» de réfléchir et d’avoir une vision à long terme. Et ils ne peuvent pas se permettre le luxe de discuter l’avenir du pays vu que même leur «présent» est incertain.

Le risque actuel est qu’un pays pauvre comme Madagascar est presque une proie facile à toutes sortes de divisions. De ce fait, des entités purement « privées » n’y voyant que leurs propres intérêts – peuvent être derrière ce genre d’initiative et financent de telle entreprise. Du coup, même si le pays n’est pas à vendre, des gens malintentionnés sont prêts à l’acheter.

Pour revenir au fédéralisme à Madagascar, est-ce qu’un Etat unitaire bien gouverné adoptant une décentralisation effective et…efficace ne satisferait pas ces lacunes et besoins locaux? Ou bien le fédéralisme est juste un moyen de plus pour diviser afin qu’une minorité profite de la richesse du pays au détriment du reste de la population ?

Faisons attention à toutes sortes de manipulations, aux grands discours fanfaronnant au nom d’un soi-disant «combat pour notre liberté ou souveraineté» mais qui au final rime avec «intérêts» et dans la plupart des cas «privés» en d’autres termes de l’enrichissement personnel pour une minorité.

Malheureusement pour les pays en voie de développement, on n’est pas toujours « armé » contre ce genre de guerre « invisible ». On est vulnérable et manipulable à volonté. Mais cela ne veut pas dire qu’on doit baisser les bras. Posons-nous les bonnes questions, débattons nous sur le fonds du problème et trouvons ensemble LA solution qui rassemble et non le contraire.

Soyons vigilants quant aux individus qui ont une certaine soif du pouvoir et qui veulent devenir des «roitelets» de leurs régions respectives et soumettre le reste de la population sous leur autorité et faire bénéficier à leur propre personne et entourage directe de leur nouvelle ascension sociale.

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