Archives mensuelles : août 2012

Madagascar Bilingue Forever : un frein au développement !

© Liz Van Steenburgh

Certains disent que l’anglais ne sera jamais une langue communément parlée à Madagascar. Mais la réalité nous rappelle que ce n’est pas le cas non plus pour le français. Les Malgaches ont-ils des problèmes avec les langues étrangères ? Actuellement, comme le malgache s’arrête à nos frontières, nous n’avons que le français –  « officiellement » – pour évoluer et nous faire connaître au niveau international. Ne ratons-nous pas de belles opportunités en marginalisant la langue de la mondialisation qu’est la langue de Shakespeare ?

Parler une langue étrangère est entre autres source de développement économique (nouveaux débouchés commerciaux et touristiques), synonyme d’accès à une plus vaste richesse intellectuelle (connaissances, compétences et informations) et découvertes d’autres cultures (nouvelles sources d’inspirations).

La Suisse a par exemple 3 langues officielles : l’allemand, le français et l’italien. Une quatrième langue nationale s’ajoute à tout cela : le romanche. Le Luxembourg a 3 langues officielles : l’allemand, le français et le luxembourgeois. Mis à part plusieurs langues présentes dans le pays, l’île Maurice parle principalement le créole mauricien, le français et la langue de l’administration est l’anglais.

Le français à Madagascar

Nous sommes francophones à cause de notre Histoire mais combien sont les Malgaches qui maîtrisent parfaitement le français ? Contrairement à certains pays africains qui sont « obligés » de parler le français étant donné que c’est la seule langue qui permet aux différentes tribus de se communiquer – à Madagascar, notre langue maternelle nous suffit au quotidien.

Il suffit de voir les journaux télévisés (JT) pour se rendre compte que dans d’autres pays africains, l’homme de la rue – même dans les quartiers populaires – a une certaine facilité à exprimer son sentiment en français devant la caméra. A Madagascar, ce genre de scènes se produit rarement. Même certains de nos intellectuels interviewés à la télé « fuient » les déclarations en français. Si vous en doutez, faites-en l’expérience et suivez les deux versions (malgache et français) des JT et vous verrez que ce n’est pas tout le monde qui est « disposé » à s’exprimer dans les 2 langues.

Rares sont les gens qui sont « à l’aise » avec la langue de Molière et arrivent à extérioriser le fond de leur pensée comme ils aimeraient le faire. Il faut dire aussi que les jugements et moqueries des autres sur notre capacité à bien s’exprimer en langue étrangère ne facilitent pas les choses. On a tout simplement peur d’être « ridicule » . Ah ! Ce fameux regard des autres. Cet autre mal qu’il faudrait aussi combattre! Parfois même, ce sont ceux qui ne maîtrisent pas la langue qui sont plus critiques envers les autres. Déjà que notre timidité légendaire ne simplifie pas les choses et ajouter à cela cette « pression sociale » – on est juste « bloqué ».

Il faut dire que le français est « statutaire » à Madagascar. Il est considéré depuis la colonisation comme la langue de l’élite. De ce fait, le manier avec aisance pourrait conférer un certain « statut » à son utilisateur ou créer un certain complexe dans le cas contraire. Mais grâce à l’enseignement qui se fait généralement en français, diverses couches sociales ont néanmoins accès à cette langue et peuvent s’y familiariser tout au long de leurs études. Par ailleurs, les émissions et autres programmes audio-visuels aident aussi à sa propagation.

Par contre, malgré les efforts de « francisation » de la Grande île depuis des lustres, il faut reconnaitre que le taux de diffusion du français reste faible. En 2010, l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) estime à 1.007.300 (soit 5% de la population) les francophones « réels » à Madagascar c’est-à-dire les Malgaches pouvant écrire et parler couramment et quotidiennement le français. Par ailleurs, elle évaluait à 3.021.900 (soit 15% de la population) les francophones partiels (personnes ayant une compétence réduite en français)

Quid de l’anglais?

Au moment de passer le baccalauréat, un étudiant malgache doit « normalement » être bilingue (malgache et français). Mais on constate que l’anglais occupe de plus en plus de place dans la vie des étudiants qui aspirent à devenir des cadres supérieurs ou évoluer tout simplement dans un milieu international. Il suffit d’observer le nombre croissant de jeunes qui suivent des cours d’anglais privés afin d’améliorer leurs notions de base acquises durant les classes secondaires. Il est devenu pratiquement un « must » dans l’inconscient collectif de voir apparaître un bon niveau d’anglais sur son CV pour pouvoir affirmer que l’anglais peut être aussi considéré comme sa langue de travail.

Il est aussi intéressant de remarquer que contrairement au français, l’anglais est une langue perçue plutôt comme « cool » et « plus accessible » notamment par les jeunes. On l’apprend et le parle « sans trop de complexe ». On n’a pas « trop peur » de faire des fautes, on est presque « fier » de dire qu’on suit des cours. Combien de jeunes intellectuels seront « fiers » d’annoncer à leur entourage qu’ils « apprennent » le français – particulièrement dans les grandes villes? En tout cas, la pression sociale est moindre pour l’anglais par rapport au français qui pourrait à terme faciliter sa vulgarisation : moins d’inhibitions pour les apprenants!

Néanmoins, l’anglais est moins diffusé à Madagascar et les gens sont moins exposés à cette langue au quotidien qui pourrait expliquer son absence « relative » dans le pays.

Trilinguisme à Madagascar : une question de volonté politique

La promotion en masse de l’anglais à l’égal du français est importante pour un pays comme Madagascar qui a l’ambition (espérons-le) d’évoluer dans le contexte actuel de mondialisation. La question ne devrait pas être : « Doit-on le faire ? » mais plutôt « Comment y parvenir ? ». Personne n’a choisi la « globalisation » mais c’est elle qui est venue à nous. Donc c’est à nous de nous armer à lui faire face. Et l’anglais est la langue qui s’impose dans ce « village global ».

A l’instar d’autres pays, comme les Seychelles, Madagascar pourrait adopter une politique de « trilinguisme équilibré » qui comme son nom l’indique, consisterait pour les Malgaches à créer un environnent propice au renforcement du français et à favoriser une présence plus importante de l’anglais dans la vie publique et administrative au même titre que le malgache.

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