Madagascar – Etat fantoche? Vive l’indépendance et après…?

Indépendance Madagascar 26 Juin 1960

© Andreus « La liberté n’est rien d’autre qu’une chance de devenir meilleur. » Albert Camus

La quête de la liberté et de l’indépendance pousse tout un peuple à se révolter  et à s’indigner face aux injustices et oppressions de toutes sortes dont il fait l’objet. On se félicite de retrouver notre indépendance après 64 ans de colonisation française.  On en est fier mais 52 ans après, quel est le bilan pour Madagascar ? Quelle est la portée de cette indépendance ? Notre fierté nous suffira-t-elle à survivre à la pauvreté qui nous écrase et à faire face aux défis que le monde actuel nous impose? L’état actuel des choses est-il à la hauteur de nos espérances ce jour du 26 juin 1960 ? Quelles étaient les attentes du peuple Malgache au moment de sa délivrance et où en sont-elles aujourd’hui ?

Fierté nationale : fierté d’existence – mais dans quel état ?

Pour faire simple, indépendance veut dire libre de toute dépendance. Qui peut affirmer que Madagascar n’est pas dépendant ? Notre indépendance est censée vouloir dire que la nation Malgache s’administre elle-même sans dépendre d’une puissance extérieure, libre de choisir dans la manière de faire et de conduire la vie nationale.

On pourrait tenter de dire que dans une économie mondialisée toutes les nations du monde sont interdépendantes. Mais, les faits sont là. Nous n’avons pas encore les possibilités de nous gouverner par nos propres moyens et on ne peut pas subvenir à nos propres besoins. Et pour cause, 52 ans après notre indépendance, environ 50% du budget de l’Etat et 70% de nos investissements publics proviennent de l’extérieur.

Par ailleurs, le magazine Forbes (2011) a placé le pays en tête de sa liste des pires économies du monde. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2011) classe Madagascar parmi les trois pays les plus pauvres du monde à côté de l’Afghanistan et d’Haïti en matière de malnutrition et déscolarisation.

Il est de notoriété publique que la grande majorité de la population gagne moins d’1 dollar par jour : 75% vivent sous le seuil de pauvreté. En d’autres termes, les autres pays pauvres sont plus riches que nous ! Et pour couronner le tout (comme le malheur n’arrive jamais seul), Madagascar fait partie des 10 grandes destinations du tourisme sexuel en Afrique. Malheureusement, la liste n’est pas exhaustive mais le tableau est sans appel.

« Entre les États, il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des intérêts.» Charles de Gaulle

Cette indépendance qu’on célèbre « fièrement » chaque année a plutôt mal commencé d’ailleurs car maquillée par un système néocolonial. Ce qui a conduit par la suite aux événements de 1972 et à la chute de la première République.

Dès lors, les guéguerres politiques ont occupé la première place dans le paysage post-indépendance et diverses crises politiques cycliques ont miné le potentiel de développent de la grande île. Ces jeux politiques et les différentes élections que le pays a connues semblent montrer notre indépendance mais il n’est pas rare non plus qu’on évoque (à tort ou à raison) la main invisible de la France derrière ces événements politiques.

A ce propos, il est souhaitable et considéré comme « normal » par nos politiciens d’avoir la « bénédiction » et la faveur de l’ancienne mère patrie pour pouvoir évoluer dans l’arène politique malgache, d’où l’importance d’être reçu par l’Élysée ou d’autres grandes institutions françaises : tout un symbole !

De ce fait, serions-nous étonnés si une grande partie de l’opinion publique malgache espère que la situation politique à Madagascar changerait après l’élection à la présidence de la France de François Hollande ? Et dire qu’on est en 2012 !

Apparemment, la France nous « aime » aussi car elle nous le rend bien. On fait appel « souvent » à elle pour appuyer nos dossiers au niveau de l’Union Européenne et d’autres institutions financières internationales (Club de Paris, FMI, Banque Mondiale).

Sur le plan de la défense, nos militaires bénéficient d’un encadrement et de formation par l’armée française. A tel point que juste avant la célébration en grande pompe de notre souveraineté, notre ministre de l’intérieur annonçait qu’il allait faire appel à la France pour « aider » nos redoutables militaires pour mettre fin à la capacité de nuisance de…voleurs de zébus dans le Sud.

Notre fierté nationale en a bien pris pour son grade (c’est le cas de le dire) mais il ne faut pas nous étonner car cela s’appelle « coopération militaire » (jusqu’à preuve du contraire!). Le traditionnel défilé militaire porte bien son nom : parade. La réalité est tout autre: notre « capabilité » est encore à prouver et à démontrer.

Finalement, notre indépendance n’est-elle pas un peu à l’image de ces hélicoptères « Alouettes II » lors du défilé du 26 juin? Ces appareils arboraient « fièrement » le drapeau national et émerveillaient le public mais les pilotes étaient des étrangers. Les Malgaches sont-ils vraiment aux commandes de leur destinée ?

La liberté n’est pas au commencement, mais à la fin. La liberté est le fruit du bon ordre.

Célébrons cette fête dignement mais ressaisissons-nous aussi car le voyage ne s’arrête pas là, l’indépendance est juste une étape – fondamentale certes mais c’est juste une étape – vers l’objectif final.

Nos ainés dans leur souffrance, sous la colonisation, rêvaient de liberté, de prospérité et d’épanouissement. Ils souhaitaient vivre dignement et profiter pleinement des richesses que regorge le pays et qu’on leur avait dépouillées et privées durant des années.

Notre indépendance est juste le moyen de réaliser ces rêves. Ce n’est pas une fin en soi. Maintenant que nous l’avons retrouvée, ne dormons pas sur nos lauriers : beaucoup reste à faire. Nos ancêtres se sont battus et ont payé de leur vie pour retrouver cette liberté. Aujourd’hui, c’est à nous de ne pas ménager nos efforts et prendre le relais afin de réaliser leurs rêves qui devraient être notre réalité.

Si un pays se bat pour retrouver son indépendance, c’est bien pour assurer son propre développement et faire profiter de ses « richesses inestimables » à sa population qui se contente de miettes jusqu’à présent.

Qui a dit que ce serait simple? Notre autonomie est à ce prix là, on ne peut pas baisser les bras, on ne peut pas accepter le statu quo et on ne doit pas – ou plus précisément – ne doit plus accepter cette médiocrité dans la façon de traiter les problèmes du pays. Ça servirait à quoi d’être libre si on est privé de tout (ou presque).  Le peuple vit au jour le jour et n’ose pas se projeter dans l’avenir. On devient fataliste.

Aujourd’hui est le premier jour du reste de notre vie

Il serait trop facile de blâmer les « autres » pour expliquer notre sort actuel car nous avons aussi notre part de responsabilité. Depuis l’indépendance, notre énergie a été gaspillée dans des querelles politiques et partage de pouvoir entre les politiciens qui souhaitent hériter du système colonial et régner à leur tour. Tout le monde veut faire de la politique, un des rares secteurs «porteurs» du pays et qui changerait le statut social du jour au lendemain. Où sont les vrais patriotes ?

Prenons notre destin en mains. Il n’y a pas de formule magique (sinon ça se saurait) mais par contre il y a des règles à suivre. Nous les connaissons mais nous ne les appliquons pas. Aimerions-nous donner raison au « prophète » le général de Gaulle qui disait que «Madagascar est un pays d’avenir… et le restera» ou bien allons nous agir…and make things happen ?

Ne nous trompons pas de combat, ne nous trompons pas d’objectif et ne nous contentons pas des « miettes ». Notre indépendance est un droit et notre réussite pour les générations futures est un devoirN’oublions pas le passé mais tournons aussi vers l’avenir car l’histoire n’est pas terminée, nous sommes en train de l’écrire.

Donnons un vrai sens à notre indépendance. Que la date du 26 juin ne soit pas juste un autre jour chômé et payé – moment de défoulement et d’échappatoire aux tracas quotidiens pour les citoyens et une autre occasion de maquiller et de faire oublier la santé du pays pour les dirigeants (personne n’est dupe !). Changeons de scénario. Quel héritage laisserons-nous à nos enfants, une indépendance au goût d’inachevé ?

 

 

 

Articles de presse:

Les fondements de la pauvreté de Madagascar
Les 10 pires économies africaines
Les 10 grandes destinations du tourisme sexuel en Afrique
La France affiche son soutien au jeune président malgache
Traque de Ramenabila : message de détresse à l’armée française
Festivités du 26 juin 2012: La liesse,… comme si de rien n’était
Trois Alouette belges vendus à la gendarmerie malgache
Madagascar, la démocratie de crise en crise
Publicités

À propos de Gasy ImpACT

Soyez le chan­ge­ment que vous vou­lez voir dans le monde - Gandhi Voir tous les articles par Gasy ImpACT

8 responses to “Madagascar – Etat fantoche? Vive l’indépendance et après…?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :