Culte de la Personnalité ou Hypnotisme Collectif: Les Malgaches sont-ils S.M.A.R.T?

Si la politique doit être accessible à tous, cela voudrait-il dire que « n’importe qui » est digne de confiance et capable de sortir le pays de la pauvreté ? La politique à Madagascar n’est-elle pas juste l’apanage de gens malintentionnés qui sont plus attirés par l’appât du gain que l’amour de la Patrie – la Terre des Ancêtres? Serait-il étonnant de voir des soi-disant « politiciens » présents à tous les échelons étatiques dont les compétences en matière de gouvernance rend perplexe plus d’un. Il suffit d’avoir une certaine personnalité agrémentée d’une opération de charme auprès de la population pour accéder et rester au pouvoir.

© Suravid

Bien que la ruse n’ait pas changé depuis des lustres, la populace tombe toujours dans le même piège. Jean Racine a surement raison en disant que « la raison n’agit point sur une populace ». Ces soi-disant leaders politiques sont-ils si attachants que cela ? Ou bien le peuple malgache est trop « sentimental » pour se détacher de ces mêmes dirigeants qui l’asservissent au lieu de le servir ? Le peuple lui-même n’est-il pas complice de cette perduration de la misère qui l’écrase au quotidien en fermant les yeux et vénérant ces politiciens qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels ?

Dans le meilleur des mondes, tout dirigeant est censé développer et proposer des projets de société censés servir son peuple et défendre l’intérêt général de la nation. Le pouvoir en sa possession est destiné à exécuter ses soi-disant programmes et lui donne l’autorité afin de bien mener ses missions.

Force est de constater que des années après que Madagascar ait retrouvé son « indépendance », le pays n’est pas prêt de sortir de cette misère que l’on côtoie tous les jours. La Grande île fait toujours partie des pays les plus pauvres de la planète, bien que Madagascar regorge d’ immenses ressources naturelles. Une minorité profite de cette manne au détriment de la grande majorité qui espère qu’un jour les choses vont changer. Malheureusement, cet espoir de changement est basé sur des promesses que des dirigeants « charismatiques » leurs font miroiter.

Il faut savoir ce que l’on veut

 Un pays pauvre comme Madagascar se doit d’instaurer un état d’esprit basé sur des critères de performance et de résultats palpables. Sinon comment pourrions-nous juger « objectivement » si untel a réussi à bien mener ses politiques et stratégies afin de développer le pays comme il se doit ?

Un des facteurs qui favorisent la pauvreté à Madagascar est qu’on se laisse toujours avoir par le culte de la personnalité de nos dirigeants à tous les échelons (local, régional et national). Très souvent on admire et respecte une personnalité politique pour ses gestes « humanitaires » qui sont plus inspirés par des calculs politiques que l’amour de ses concitoyens.

Pendant les périodes électorales, il est d’usage d’offrir des sacs de riz, des cartons de savons, de l’huile, des T-shirts, des ballons de foot et autres petits dons de toute nature pour séduire et obtenir des parts de voix et de…cœur. Bref, c’est la période de l’amour fou national.

Les projets et autres programmes proposés par certains prétendants aux postes politiques passent presque inaperçus ou bien ils ne sont ni assez débattus ni décortiqués par l’opinion publique. Les sources de financement de certains projets sont flous, leur faisabilité douteuse, mais plus c’est gros – mieux ça passe car malheureusement le peuple est tout juste obnubilé et hypnotisé par toutes sortes d’opérations de charme et se laisse emporter dans des rêves qui tournent vite aux cauchemars après les campagnes électorales.

Parfois, ces projets sonnent juste comme des promesses retentissantes en vue de marquer les esprits le temps d’une élection. C’est comme si les prétendants se disent qu’ils n’ont pas de compte à rendre par la suite. Est-ce qu’on doit s’étonner si la plupart de nos politiciens se comportent comme si tout leur est permis ? Tous les beaux parleurs du pays pensent faire carrière dans la politique car c’est un domaine où il leur est facile d’accéder à des postes alléchants qui peuvent changer leur vie du jour au lendemain. Madagascar ne peut plus se permettre d’avoir de tels « irresponsables » politiques à moins qu’on le veuille encore. Est-ce que c’est-ce que l’on veut ?

Il ne faut pas se laisser faire

Si la politique doit être accessible à tous, il y a des règles, des lois et d’autres éthiques que tout un chacun se doit de respecter. Si les connivences sont des pratiques courantes en politique, le peuple ne doit pas être complice de ces petits jeux qui ne font qu’aggraver son malheur. On ne peut pas ou du moins on ne peut plus se permettre d’adorer ou de vénérer une personnalité quelconque pour ce qu’il semble représenter dans notre inconscient collectif.

Certes, un chef ou un leader se doit d’être charismatique et posséder une forte personnalité afin de mobiliser tout le monde autour d’un projet commun et d’obtenir l’adhésion de tous afin d’avancer et d’atteindre les objectifs qu’on s’était fixés. Mais un dirigeant charismatique qui nous hypnotise afin qu’on ne puisse voir au-delà de sa personnalité n’est pas surement ce qu’il nous faut. Dirigeant ou pas, on est tous des êtres de chair et de sang, on a tous nos faiblesses, on n’est pas infaillible, d’ailleurs c’est pour ces raisons que des systèmes et procédures sont mis en place afin de surveiller les comportements des dirigeants dans toute société humaine digne de ce nom afin que l’intérêt général de la Nation l’emporte sur celui d’une minorité.

Certains disent que les Malgaches ont toujours dans leur subconscience la nostalgie de la Monarchie et la sagesse Malgache veut que les dirigeants soient considérés en tant que « Ray aman-dreny » (littéralement père et mère – en bref des gens qui méritent le respect) et ils se doivent d’être écoutés, obéis et servis. Il est clair qu’on ne remette pas en cause le respect des anciens,  des dignitaires et autres personnes respectables mais il ne faut pas que ce terme soit usé et abusé par des politiciens sans vergogne qui ne voient que le bout de leur nez et ruinent la vie de toutes les générations présentes et futures. Nous avons le devoir de changer ces pratiques et manières de faire les choses.

Soyons S.M.A.R.T

Pas besoin d’être super intelligent (Smart en anglais) pour ne pas tomber dans le piège. Il faut qu’on adopte systématiquement des approches qui nous permettent de comprendre, d’analyser et surtout de contrôler si les actes de nos politiciens rejoignent leurs paroles.

En tout état de cause, il ne faut pas leur faciliter la tâche et qu’ils ne nous prennent pas pour des…ignares  faciles à manipuler. Il faut leur reconnaître qu’ils sont rusés, ils ont plus d’un tour dans leurs sacs mais il faut qu’ils se souviennent qu’on vit dans le monde réel avec des problèmes réels et qu’on a besoin de solutions concrètes. De ce fait, leurs promesses doivent être traduites en objectifs que l’on pourrait juger. Plusieurs méthodes existent mais simplifions-nous la vie et soyons juste S.M.A.R.T, un acronyme en anglais qui veut dire Specific, Measurable, Agreed upon, Realistic et Time-based.

Specific : Au lieu de promettre monts et merveilles et de nous parler de projets tout aussi salivants les uns des autres, parlons de choses spécifiques et concrètes que l’on peut déterminer et définir avec précision. Améliorer la vie de la population, c’est bien mais c’est trop vague. N’importe qui peut dire cela. Il faudra préciser les aspects et domaines concernés par leurs projets et programmes. Méfions-nous de ces politiciens qui nous promettent « Tout » mais au final n’apportent « Rien ».

Measurable : Rendre heureux les Malgaches, on veut bien mais les promesses doivent être chiffrées. Il est nécessaire d’avoir des indicateurs que l’on pourrait justement quantifiés afin de savoir où en-est-on par rapport au but visé. On ne peut contrôler que ce qui est mesurable. Le nombre de Malgaches qui auront accès aux soins ou le montant du revenu moyen par ménage sont des exemples d’indicateurs que l’on pourrait apprécier et mesurer.

Agreed upon: Les promesses doivent être tenables. Toutes les parties prenantes devraient être déjà consultées, disponibles et d’accord pour les réaliser comme il le faut le moment venu. On sait exactement avec qui on le fait et comment y procéder. Combien de projets sont juste restés des promesses en l’air à Madagascar faute de mobilisation des ressources. Ces promesses étaient juste les « fantasmes » de l’orateur le temps d’un discours.

Realistic : L’un nous promet la lune et l’autre la planète Mars. Les surenchères ne sont pas rares dans les discours propagandistes. Et malheureusement, la plupart des gens se laissent emporter et adhèrent à leurs délires sans même penser à leur faisabilité. On ne sait pas comment ces projets vont être faits, sont-ils réalistes ou bien ce sont juste de beaux discours populistes ? La prudence serait de rigueur : un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.

Time-based : Il est de notoriété publique que Dieu a donné la montre aux Suisses et le temps aux Malgaches mais comme dans tout projet digne de ce nom, communiquer le délai d’exécution est la moindre des choses. Si Rakoto nous promet de construire plus de 10.000 km de routes, ce serait plus intéressant s’il nous précise en combien de temps pense-t-il le réaliser : en 3 ans, 10 ans, à la fin de son mandat ?

Avec de telle approche, si on n’éradiquera jamais de la surface de la terre les politicards, au moins on ne leur facilitera pas la tâche.

On a que ce que l’on mérite

En tant que citoyen, chaque individu a le devoir et le droit d’exiger des comptes aux dirigeants. Les richesses qu’ils sont censés gérer ne leur appartiennent pas (jusqu’à preuve du contraire !). Nous avons la responsabilité de les juger objectivement et de faire en sorte de « challenger » leurs capacités à faire avancer les choses et non pas leurs capacités à nous bercer par des mots doux et des promesses intenables.

Le culte de la personnalité et la vénération que le peuple porte pour ces dirigeants sont un des facteurs qui font perdurer la misère à Madagascar. Nous avons le devoir de faire comprendre à nos politiciens que les Malgaches n’ont pas signé des chèques en blancs. Certes, il est nécessaire qu’un climat de confiance s’établisse entre le peuple et ses dirigeants mais confiance ne veut pas dire absence de contrôle. Malheureusement, notre silence face à ces enfantillages de la  population et autres manœuvres politiques fait qu’ils se croient tout permis, il leur suffit de projeter une belle image pour continuer leurs méfaits sur l’avenir du pays. Faut-il s’étonner si on ne voit pas encore le bout du tunnel ?

Remplaçons le culte de la personnalité par le culte de la performance. Seuls des résultats concrets basés sur des moyens efficaces importent pour sortir Madagascar de sa misère. Quel pays aimerait avoir un leader charismatique avec de forte personnalité mais qui maintient sa population dans la pauvreté ? D’ailleurs, est-ce que les Malgaches savent exactement ce qu’ils veulent et ce qu’ils attendent de leurs dirigeants ? Si on ne sait pas ce que l’on veut, ne soyons pas étonnés si les autres nous mènent là où on ne veut pas aller. Ne sommes-nous pas fatigués de nous faire avoir et de croire en un avenir meilleur sans fondement solide? Si une prise de conscience collective n’est pas pour demain, des actions individuelles pourraient faire tâche d’huile et changeraient les choses à Madagascar : l’attitude des citoyens et l’état d’esprit qui règne au pays détermineront notre destinée.

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