Le Malgache du 21e siècle est-il pacifique ou soumis?

Le Malgache du 21e siècle est-il soumis?

© Maksym Gorpenyuk

Partisan du Fihavanana

Madagascar, île de rêves – habitée par un peuple hospitalier et aimable peut-on lire dans certaines brochures destinées aux touristes. D’autres livres relatent le fait que les Malgaches ne sont pas violents par nature…bref les Malagasy sont des « gentils pacifiques « .

A priori ce sont des qualités rares qu’on nous envie. D’ailleurs, tout bon Malagasy qui se respecte dira sans détour que nous sommes de grands fervents et défenseurs du « Fihavanana ». Un mot qui englobe tout un concept communautaire – Made in Madagascar, et qui n’a même pas son équivalence en langue étrangère.

C’est une philosophie de vie à la malgache qui veut que « ce qui arrive à l’autre me concerne aussi« . Dans le malheur ou dans le bonheur, on partage ces moments avec sa famille, ses amis, ses voisins, ses compatriotes,…pour faire simple: avec tout le monde. Un grand mot caractérisé par le partage, l’entraide, et la solidarité…bref de bons sentiments à l’état pur !

Le Fihavanana veut qu’on évite les confrontationson cherche l’harmonie sociale au détriment même de ses intérêts personnels. Un adage bien Malgache ne dit-il pas: « Aleo very tsikalakalam-bola toa izay very tsikalakalam-pihavanana » que l’on pourrait traduire par « Il vaut mieux perdre de l’argent plutôt que perdre une amitié ».

Les autres accaparent le «tsikalakalam-bola» et laissent au peuple Malgache le Fihavanana

Beaucoup diront que c’est une vertu dont le Malgache peut en être fier. A priori, grâce au Fihavanana et à ce pacifisme légendaire, Madagascar a su éviter des guerres civiles malgré les crises politiques cycliques qui minent le pays.

Les gens gardent le sourire malgré la pauvreté qui les écrase. Le Malgache reste zen malgré le peu de liberté qu’on lui accorde. On nous laisse des miettes à manger mais l’esprit de Fihavanana veut qu’on s’organise pour que tout le monde ait sa part de miettes !

Au nom du Fihavanana, on se contente du peu. On ne se plaint pas, bien qu’on ne nous respecte même plus. En résumé, on dirait que même si on nous enlève tout : notre dignité, nos droits et notre liberté mais si on a le Fihavanana, tout va bien !

Comme toute chose, le Fihavanana a ses bons côtés mais le revers de la médaille fait qu’on est en train de nous priver de nos droits fondamentaux en tant que personne. On est juste des spectateurs passifs, inoffensifs et dociles pendant que l’on subit des injustices de toutes sortes. Les politiciens sont les premiers à nous rabâcher du mot Fihavanana et fait appel à la solidarité nationale pendant qu’ils se préoccupent de leurs intérêts personnels. Des opérateurs économiques malintentionnés et fonctionnaires de l’Etat véreux nous offrent un zébu en guise de Fihavanana pendant qu’ils s’en mettent plein les fouilles.

En bref, les autres nous ont piqué le « tsikalakalam-bola » (l’argent et la richesse par extension) et nous ont laissés le « tsikalakalam-pihavanana », du moins – ont fait appel au Fihavanana (la Sagesse Malgache) pour calmer les esprits des uns et des autres !

Les droits fondamentaux de l’homme

Le Fihavanana a fait de nous des gens pacifiques certes. Mais il est censé surtout nous apporter une certaine paix et harmonie sociale et non pas de baisser notre froc pour que les autres puissent…en profiter.

Il faut dire aussi que le Fihavanana est empreint de naïveté. On fait confiance à l’autre en espérant que le respect sera réciproque. On pense que l’autre ne va pas nous oublier peu importe les circonstances. La réalité fait que dans le « malheur », on est sollicité mais dans le « bonheur »…il faut montrer pattes blanches (au propre et au figuré) pour en tirer profit.

Il faut dire que le Malgache lambda du 21e siècle est loin de vivre dans un environnent où il pourra s’épanouir et jouir des droits fondamentaux de tout être humain :

L’égalité devant la loi ; la liberté d’opinion et d’expression ; la liberté de disposer de ses biens et d’entreprendre ; le droit à la sureté et à la protection de la liberté individuelle ; le droit à la protection de la santé, de la résistance à l’oppression ; le droit à l’emploi…pour ne citer que quelques uns.

La majorité silencieuse

Au début, de cette crise malgache, a été révélée ou du moins a resplendi par son mutisme une grande partie de la population malgache qu’on a nommée tout simplement : la majorité silencieuse. Cette soi-disant majorité ne représente-elle pas l’état d’esprit qui anime le Malgache du 21e siècle ?

La peur de s’affirmer en tant qu’individu, la frousse de s’engager et défendre ses propres idées, la crainte d’être isolé et écarté par son groupe d’appartenance si on affiche sa conviction personnelle. L’idéal serait-il de se fondre dans la masse afin de ne pas s’attirer les regards et les critiques des autres, on ne veut pas faire cavalier seul dans une société qui valorise le communautarisme. Bien que tout s’écroule sous nos yeux, on reste à l’écart.

Le comble est que le Malgache n’ose même plus revendiquer ses droits. Le sait-il d’ailleurs ? Sa vie se résume-t-elle à vivre comme il peut dans des conditions restreintes et précaires. Tout va bien tant qu’on ne lui ôte pas sa vie.

Nos ancêtres les… Menalamba

Quand on se réfère à l’histoire de Madagascar, bien que le Fihavanana fût dans la veine de nos ancêtres mais lorsque leurs libertés, leurs droits et leur dignité ont été bafoués, ils n’ont pas hésité à le faire savoir et l’exprimer avec courage.

L’histoire nous rappelle l’état d’esprit et la bravoure des nationalistes malgaches tels que les V.V.S, les Menalamba et les insurgés de 1947. Certains ont été emprisonnés et d’autres massacrés certes mais ils sont restés dignes et méritent qu’on les appelle « patriotes » – les vrais « tia tanindrazana ». Ils ont donné leur vie pour qu’on retrouve notre indépendance.

Nos ancêtres prônaient le Fihavanana mais ils étaient aussi jaloux de leur liberté et de leur dignité. Ils ont montré qu’on peut être reconnu comme peuple pacifique (quand il le faut) mais aussi un peuple qui sait se faire respecter et qui doit revendiquer ses droits et les défendre avec courage et détermination (quand il le faut). On ne peut pas être juste résigné sur notre sort et attendre que les choses se changent par elles-mêmes.

Madagascar attend QUOI ou plus précisément QUI pour que sa situation s’améliore?

Que chaque Malgache revive l’esprit des ses ancêtres et trouve le courage de dire : « NON à toute forme d’injustice, d’inégalité et de soumission dans sa vie quotidienne»

D’autres peuples dans d’autres pays ne se laisseraient pas faire et n’accepteraient certainement pas qu’on les malmène et qu’on les dépouille de leurs droits? Et le Malagasy dans tout cela ?

Alors, le Malgache du 21e siècle: pacifique ou soumis ?

 

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